01.07.2007

Vendredi 1er juillet 1977 - Sex Pistols "Pretty Vacant"/"No Fun"

cf796ec51e1f05dc2d45d48f52c681cc.jpg
Après le scandale du Jubilé, Malcolm McLaren a tout intérêt à rebondir le plus vite possible. Les Sex Pistols ont signé chez Virgin pour l’Europe pour 75 000 livres et il leur faut fournir de la matière. Il y a aussi la prochaine tournée scandinave à financer. Enfin, il faut maintenir le groupe sur le devant de la scène, parce que depuis le « Bill Grundy Show », leurs concerts se sont raréfiés : changement de bassiste, hépatite de Sid Vicious, censure générale, et l’on peut y ajouter les négociations dans lequelles McLaren s’est lancé pour réaliser un film sur ses petits protégés.
Le groupe a ajouté un nouveau titre à son répertoire depuis son voyage à Berlin : « Holidays In The Sun », mais elle est encore trop récente pour être enregistrée en studio. C’est donc « Pretty Vacant » qui constituera le quatrième 45 tours des Sex Pistols. C’est la première fois qu’ils sortent un simple qui n’est accueilli par aucun scandale, ni aucune controverse. Le choix d’un morceau pop assez classique, déjà apprécié des fans, n’est pas innocent. Les Pistols sentent le souffre, il s’agit d’être prudent. Cela n’empêche pas Rotten de glapir à chaque refrain « We’re so pretty, oh so pretty… vay-CUNT ! » Malgré cette provocation, le disque est commercialisé de manière normale, et diffusé sur les radios.
Le visuel situ de la pochette est évidemment signé Jamie Reid, deux bus symétriques sur fond noir, l’un à destination de « Nowhere » (nulle part), l’autre de « Boredom » (ennui). La face A est produite par Chris Thomas et la face B, la reprise énervée et grotesque (conférence de sociologie "with a bit of psychology, a bit of neurology, a bit of fuckology"...) du « No Fun » des Stooges, par Dave Goodman.

Sex Pistols – Pretty Vacant

podcast


Pretty Vacant
There's no point in asking
You'll get no reply
Just remembered don't decide
I got no reason it's all too much
You'll always find us
Out to lunch

We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
Vacant

Don't ask us to attend
Cause we're not all there
I don't pretend cause I don't care
I don't believe illusions
Too much is real
Stuff your cheap comment
Cause we know what we feel

We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
Vacant
We're so pretty
Oh so pretty
And now
And we don't care

There's no point in asking
You'll get no reply
I just remembered I don't decide
I got no reason it's all too much
You'll always find me
Out to lunch
We’re out at lunch

We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
And now
And we don't care

We're pretty
Pretty vacant
We're pretty
Pretty vacant
We're pretty
Pretty vacant
We're pretty
Pretty vacant
And we don’t care

27.05.2007

Vendredi 27 mai 1977 - Sex Pistols - "God Save The Queen"/"Did You No Wrong"

medium_godsave.jpg

Le single aurait dû sortir en mars chez A&M, avec pour face B « No Feelings » - mais on sait comment se sont terminées les relations entre les Sex Pistols et A&M. Aussitôt mis en vente, le disque a été retiré.
C’est donc le 27 mai 1977, un peu plus d’une semaine avant le Jubilé de la Reine, que Virgin sort « God Save The Queen » avec « Did You No Wrong » en face B.

« “God Save The Queen” s’était déjà montré ridiculement difficile à fabriquer : il se montrait maintenant tout aussi difficile à promouvoir. John Varnom et Jamie Reid ont débarqué avec une campagne de grande envergure, coûtant plus de 5 000 livres, et mettant en œuvre : 1 000 affiches grand format pour les bus de Londres ; 3 000 affiches petit format pour le courrier par avion ; 6 000 autocollants ; 3 000 banderoles ; des transferts ; des T-shirts, ainsi que des pubs TV, radio et presse écrite. Une campagne à part fut également prévue pour les vendeurs indépendants et les petites chaînes de boutiques.
Cette campagne multi-médias rencontra immédiatement de sérieux obstacles. Thames et LWT rejetèrent la pub TV et les stations de radio refusèrent la pub radio. Le disque fut banni des ondes. La BBC refusa de le passer pour cause de “mauvais goût caractérisé” (quoique John Peel le passât deux fois), tandis que IBA donnait comme instructions à toutes les radios commerciales et aux stations TV de ne pas diffuser le 45 tours parce qu’il contrevenait à la Section 4, article 10, paragraphe 1 des statuts de l’IBA, étant “opposé au bon goût et à la décence, susceptible d’encourager ou d’inciter au crime, ou d’engendrer le désordre”.
Le disque fut mis en vente le 27, mais Woolworths, Boots et W.H. Smith refusèrent tous de le prendre en stock. La presse musicale si méprisée mordit à l’hameçon : avec un grand “45 tours de la semaine” à la une des quatre hebdos, les Sex Pistols firent la couverture du
Record Mirror, du Melody Maker, sans oublier le “Numéro spécial gratuit Sex Pistols” du NME (nouvelles, reportages, indiscrétions, articles de fond et lettres). »
(England’s dreaming, p. 399)

Malgré les efforts des médias, des commerçants et de l’industrie du disque pour enterrer ce single dès sa sortie, il s’est vendu 150 000 exemplaires de « God Save The Queen » en cinq jours et le titre s’est retrouvé à la onzième place des hit-parades.

Sex Pistols – God Save The Queen

podcast

Sex Pistols – Did You No Wrong


podcast

God Save The Queen
God save the queen
The fascist regime
It made you a moron
Potential H bomb

God save the queen
She ain't no human being
There is no future
In England's dreaming

Don't be told what you want
Don't be told what you need
There's no future
No future
No future for you

God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves

God save the queen
Cause tourists are money
And our figurehead
Is not what she seems

Oh god save history
God save your mad parade
Lord god have mercy
All crimes are paid

When there's no future
How can there be sin
We're the flowers in the dustbin
We're the poison in the human machine
We're the future
Your future

God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves

God save the queen
We mean it man
There is no future
In England's dreaming

No future, no future
No future for you

No future, no future
No future for me

No future, no future
No future for you

No future
No future for you

Did You No Wrong
I don't mind the things that you say
I don't even mind going out of my way
I try and do these things for you
Why should I do it
Our love is untrue

I did you no wrong
I did you no wrong
Going out of my head

I ain't seen you off the screen
But those films are my dream
And I can't take much more of you
The bog is no place to imagine your face

Oh, can't you see
I'm out of my head
Oh, can't you see
I'm just a little insane
Oh, can't you see
I'm going out of my head
Oh, can't you see
I'm loony again
I’m going down, down, down
Out of my head
I did you no wrong
I did you no wrong
I did you no wrong

I did you no wrong
I did you no wrong
Going out of my head

I ain't seen you off the screen
But those films are my dream
And I can't take much more of you
The bog is no place to see your face
Oh, can't you see
I'm out of my head
Oh, can't you see
I'm just a little insane
Oh, can't you see
I'm out of my head
Oh, can't you see
I'm loony again
I’m going, down, down, down
Out of my head
Out of my head
Out of my head

I did you no wrong
I did you no wrong
Going out of my head

06.05.2007

Vendredi 6 mai 1977 - The Jam / In The City

(Polydor)

medium_thejamlp.JPG

1. Art School
2. I’ve Changed My Address
3. Slow Down
4. I Got By In Time
5. Away From The Numbers
6. Batman Theme
7. In The City
8. Sounds From The Street
9. Non-Stop Dancing
10. Time For Truth
11. Takin’ My Love
12. Bricks And Mortar


Le premier album des Jam est une sorte de pot-pourri de toutes les influences musicales du groupe, rythm and blues, mod, pub rock, surf music, rock 60’s, punk, etc. Entre chansons d’amour (« I’ve Changed My Address », « I Got By In Time », « Non-Stop Dancing », « Takin’ My Love ») et constat poitique et social (« In The City », « Time For Truth », « Bricks And Mortar »), Paul Weller, qui n’a que dix-huit ans, fait aussi l’éloge d’une certaine jeunesse, celle qui avec le rock vient de découvrir un moyen de faire entendre sa voix, ses opinions, et de changer les choses à sa manière. On en trouve des échos dans la chanson qui donne son titre à l’album et ouvre la face B, « In The city », ainsi que dans « Art School » et « Sounds From The Street ». Avec « Away From The Numbers », Weller affirme le besoin de s’éloigner de la multitude pour fuir la réalité ou s’en inventer une en propre (« Reality’s so hard, reality’s so hard… »). La première face contient la reprise du « Slow Down » de Larry William et s’achève sur une relecture amusante du thème de Batman. L’album se vendra à plus de 60 000 exemplaires dès les premières semaines et rejoindra la vingtième place des charts.
medium_thejamgig.JPG

The Jam – Art School

podcast

The Jam – Away From The Numbers

podcast

The Jam – Sounds From The Street

podcast

The Jam – Bricks And Mortar


podcast

29.04.2007

Vendredi 29 avril 1977 - The Jam "In The City"/"Takin' My Love"

medium_thejamsingle1.JPG

Originaires de Woking, une banlieue prolétaire de Londres, Paul Weller et Steve Brooks se rencontrent en 1972. Quand ils décident de former The Jam, le groupe est d’abord un quatuor. Paul Weller est au chant et à la guitare rythmique, Steve Brooks à la guitare, Bruce Foxton à la basse et Rick Buckler à la batterie. À l’origine, ils interprètent surtout les standards du rock’n’roll, à la manière de Chuck Berry ou Little Richard. Puis Paul Weller découvre les Who et le phénomène mod, qui l’influencent énormément.
Steve Brooks quitte le groupe, qui devient un trio. Le claviériste Bob Gray viendra un temps leur prêter main forte avant de partir s’installer au Canada en 1976. Les mélodies des trois vétérans se recentrent donc sur la guitare de Weller et la basse de Foxton, dans un style rageur et énergique assez proche de celui de Pete Townshend. En 1976, la découverte des Sex Pistols est une deuxième révélation pour Weller. A partir de cet instant, le groupe trouvera ses influences aussi bien dans le punk-rock que dans le rock des années 60, celui des Kinks ou des Small Faces, ou que dans le Rythm and Blues et la Soul. Cette mixité, d’ailleurs, leur vaudra d’être souvent méprisés par l’« élite » punk, le mouvement tendant à se radicaliser au cours de l’année 77.
Cette radicalisation de la vague punk londonienne, a pour principal aspect, paradoxalement, d’oublier l’idée qui était à l’origine du mouvement, à savoir retrouver l’impulsion originelle du rock’n’roll, celle de Chuck Berry, alliée à la noirceur et à l’urgence du blues, en réaction au rock progressif et au jazz-rock – pour ne plus conserver que l’aspect social, politique, de la musique, et son esthétique outrageuse, violente et sordide. Peu à peu, le personnage de Sid Vicious va devenir l’emblème du punk-rock, et il sera de plus en plus difficile pour les groupes de se reconnaître des influences musicales variées. En voulant se donner l’air de faire table rase du passé, le punk-rock s’appauvrit considérablement et tourne au cliché facile et à la mode forcément éphémère : 1977, c’est déjà le début de la fin…
Début 1977, les Jam signent un contrat avec Polydor, qui sortira en mai leur premier album, In The City. Le 29 avril paraît leur premier single, « In The City »/« Takin’ My Love », très représentatif de leur style. Le rythme est incisif, puissant, survolté, les paroles de la première face sont dans le ton de la révolte urbaine façon Clash, tandis que la deuxième face est une déclaration d’amour virile et rock’n’roll plutôt classique, transcendée par la basse de Foxton et la voix de Weller.
medium_thejam.JPG

The Jam – In The City

podcast

The Jam – Takin’ My Love


podcast

In the City
In the city there’s a thousand things I want to say to you
But whenever I approach you, you make me look a fool
I wanna say, I wanna tell you
About the young ideas
But you turn them into fears

In the city there’s a thousand faces all shining bright
And those golden faces are under 25
They wanna say, they wanna tell ya
About the young idea
You better listen now you’ve said your bit-a

And I know what you’re thinking
You still think I am crap
But you’d better listen man
Because the kids know where it’s at

In the city there’s a thousand men in uniforms
And I’ve heard they now have the right to kill a man
We wanna say, we gonna tell ya
About the young idea
And if it don’t work, at least we still tried

In the city, in the city
In the city, in the city
In the city there’s a thousand things I want to say to you

22.04.2007

Vendredi 22 avril 1977 - The Adverts "One Chord Wonders"/"Quickstep"

medium_OCW.jpg

Les Adverts font partie de ces groupes nés à la fin de l’année 76 dans le sillage des Sex Pistols. Formés par deux étudiants en art de Torquay, Tim Smith, alias TV Smith, chanteur tout en nerfs, et Gaye Atlas, alias Gaye Advert, bassiste sexy et statique, les yeux noircis de khôl, auxquels viendront s’ajouter Howard Pickup à la guitare et Laurie Driver à la batterie, les Adverts ont vite émigré à Londres pour se retrouver au cœur de la scène punk.

“Il n’y avait aucune raison obscure à l’origine du choix du nom ‘Adverts’ (la pub), déclare Smith, ça semblait être quelque chose de parlant pour tout le monde, c’était ironique. On a failli s’appeler les ‘One Chord Wonders’ (les merveilles à un accord). J’ai travaillé très dur sur les textes et je conjurais les démons à chaque fois que je montais sur scène. Les démons qu’on exorcisait étaient ceux qui vous habitent et qui gagnent tout autour de vous l’atmosphère politique, l’atmosphère sociale, ceux qui luttent même avec votre propre personnalité.” (Cité dans England’s dreaming, p. 337)

Après le scandale du « Bill Grundy Show » et ses retombées, le punk-rock tend à devenir un style, une mode, avec ce que cela comporte de clichés. Par leurs textes écrits sur le vif, par l’urgence avec laquelle ils montent sur scène et entrent en studio, les Adverts offrent un brillant exemple de l’authenticité punk. « One Chord Wonders » ne parle que de ça, de ce que ça signifie d’appartenir à un mouvement musical naissant, et de monter sur scène devant un public hostile, avec ses maladresses et ses ambitions (rien d'étonnant donc à ce qu'un blog consacré à l'histoire du punk ait choisi d'utiliser ce titre !). « Je me demande ce qu’on répondra quand vous direz / On ne veut pas de vous, allez au diable / Revenez quand vous aurez appris à jouer ! (…) Je me demande ce qu’on fera quand les choses tourneront mal / Quand on arrive au milieu de notre chanson préférée / On jette un coup d’œil mais le public est parti / Nous sentirons-nous un petit peu obscurs / Pensant : on n’a pas besoin de nous ici / On doit être la nouvelle vague, ils nous aimeront l’année prochaine… » Quant à « Quickstep », la face B de ce premier 45 tours, elle réaffirme le credo du punk : tu sors de l’adolescence et tu ne sais pas quoi faire de ta vie – prends une guitare et monte un groupe de rock.
« One Chord Wonders » sort chez Stiff Records le 22 avril 1977. C’est après leur deuxième concert au Roxy, le 28 février 1977, que les Adverts rencontrent leur manager, Michael Dempsey, ainsi que Jake Riviera, de Stiff Records, qui leur aurait dit : « Signez avec moi et je ferai de vous des pauvres. » “Et tu sais quoi ? C’est exactement ce qu’il a fait. C’était si facile d’avoir un contrat qu’on s’est presque rendu compte de rien.” (England’s dreaming, p. 345)
Les deux titres ont été enregistrés rapidement, il y a eu peu de prises, à tel point qu’à la fin de « Quickstep », on peut entendre Laurie Driver se plaindre que sa cymbale vient de tomber.
medium_adverts.JPG

The Adverts – One Chord Wonders

podcast

The Adverts - Quickstep


podcast


One Chord Wonders
I wonder what we’ll play for you tonight
Something heavy or something light
Something to set your soul alight
I wonder how we’ll answer when you say
“We don’t like you – go away
Come back when you’ve learned to play”

I wonder what we’ll do when things go wrong
When we’re half-way through our favourite song
We look up and the audience has gone
Will we feel a little bit obscure?
Think “we’re not needed here
We must be new wave – they’ll like us next year”

The wonders don’t care – we don’t give a damn…

Quickstep

I knew my youth couldn’t last forever
I knew some chords so I got the band together
Sick of sleeping and beating up my mother
Forget those luxuries, I’ve got myself another buzz

Now you don’t see me, now you do
Pretty soon now you’re going to see what punks can do

I stole some tunes from the radio
I lost my nerve but it didn’t show
I found some friends with a little faith,
Less money and no taste

Now you don’t see me, now you do
Pretty soon now you’re going to see what punks can do

But you’ve got to work at it, what a drag
You’ve got to work, work, work
You can’t lag behind, lag behind

I want to get this gig over
And I don’t want to see it again
But I don’t want to go until it’s over
And I don’t want to die in pain, die in pain

I know my youth can’t last forever
I’ll sing the words until I can’t keep the band together no more
Oh, to do the quickstep on a Saturday night
And hunt like a brave man with a flashlight

Now you don’t see me, now you do
Pretty soon now you’re going to see what punks can do

08.04.2007

Vendredi 8 avril 1977 - Sortie du premier album du Clash

(Columbia)

medium_clashlp.JPG

1. Janie Jones
2. Remote Control
3. I’m So Bored With The U.S.A.
4. White Riot
5. Hate & War
6. What’s My Name
7. Deny
8. London’s Burning
9. Career Opportunities
10. Cheat
11. Protex Blue
12. Police & Thieves
13. 48 Hours
14. Garageland


Le premier album du Clash aura donc largement précédé le premier album des Sex Pistols. La photo de couverture, signée Kate Simon, montre les trois membres du groupe (Terry Chimes vient tout juste de quitter le groupe et d’être remplacé par Topper Headon – au dos de la pochette, son nom est devenu Tory Crimes) en contre-plongée, le regard féroce. Au verso, une photo de Rocco Macauley, prise à l’époque des émeutes de Notting Hill. Ces quatorzes titres réaffirment l’engagement idéologique du Clash : stigmatisation du monde ouvrier, appels à la révolte, description d’un monde où règne la surveillance, la police, où le travail garantit le contrôle de l’individu…

The Clash – Janie Jones

podcast

The Clash - Career Opportunities

podcast

The Clash - Garageland


podcast

18.03.2007

Vendredi 18 mars 1977 - The Clash "White Riot/1977"

medium_clashwhiteriot1.JPG

Le 25 février 1977, les Clash signaient avec CBS, pour une avance de 100 000 livres. Oui, je le reconnais, j’ai laissé passer quelques dates comme ça que j’aurais dû honorer, mais que voulez-vous, on ne peut pas toujours être au top non plus. Le 11 mars, ils fêtaient cette signature dans un cinéma de kung-fu, le Roxy, à Harlesden, avec pour première partie, les Slits qui faisaient leur tout premier concert, et Subway Sect – et là, oui, je le reconnais, j’aurais dû en parler aussi, je ne suis qu’une merde, crachez-moi dessus. Je vous parlerai des Slits bientôt, promis.
Une semaine plus tard, le premier 45 tours des Clash est dans les bacs. « White Riot » a été écrite après les événements du carnaval de Notting Hill en août 1976. Ce carnaval est traditionnellement l’une des rares occasions pour les Noirs d’Angleterre de faire la fête sans ressentir d’hostilité autour d’eux. Mais cette année, la police avait augmenté ses effectifs, passant de 200 hommes en 75 à 1600. Le 30 août 1976, l’arrestation d’un Noir a mis le feu aux poudres et une violente émeute s’est engagée, se soldant par 456 blessés et 60 arrestations. Avec « White Riot », Joe Strummer rêve au jour où les Blancs oseront, comme les Noirs, se révolter.
Dans England’s Dreaming, Jon Savage a repris quelques pages de son journal intime de l’époque, et parle ainsi du jour où il a entendu « White Riot » pour la première fois :

30.10.76 : Je vais voir mon premier vrai groupe punk. Je sais comment ça va être : J’ai attendu des années, et surtout cette année : quelque chose qui correspond aux explosions qui sont dans ma tête. Le groupe s’appelle les Clash ; tous ceux à qui j’en parle disent qu’ils sont les meilleurs.
Dans une salle victorienne, à moitié vide, avec des gens en bandes. Hostile, mal à l’aise. Soudain, quatre hommes avec des cheveux coupés à la serpe arrivent sur scène, aboient dans un micro, commencent à faire un bruit industriel. Le bruit se fond dans la vitesse en un chaos parfait. Une chanson : un cri authentique, un enfant hurlant de peur : “Waa waa wanna waa waa.” En dix secondes je suis transpercé, en trente, changé pour toujours.

(England’s dreaming, p. 270)

« 1977 », c’est évidemment l’un des morceaux emblématiques sur la génération punk au moment même de son explosion. « White Riot » s’ouvre sur des sirènes de police, l’hymne est ponctué du fracas de verres brisés et de hurlements. La première face dure à peine deux minutes, la deuxième une minute quarante. Sur la pochette, les Clash sont face à un mur comme lors d’une arrestation et des slogans sont écrits à la peinture sur leurs vêtements : outre les titres des deux chansons, ont peut lire « Sten Guns in Knight’s Bridge », « Heavy Manners » et « Heavy Duty Discipline », hommage des punks au reggae et aux Jamaïcains, notamment à Prince Far-I.
medium_clashwhiteriot2.JPG


White Riot
White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own
White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own

Black people gotta lotta problems
But they don’t mind throwing a brick
White people go to school
Where they teach you how to be thick

An’ everybody’s doing
Just what they’re told to
An’ nobody wants
To go to jail!

White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own
White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own

All the power’s in the hands
Of people rich enough to buy it
While we walk the street
Too chicken to even try it

Everybody’s doing
Just what they’re told to
Nobody wants
To go to jail!

White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own
White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own

Are you taking over
Or are you taking orders?
Are you going backwards
Or are you going forwards?

White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own
White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own


1977
In 1977
I hope I go to heaven
‘Cos I’ve been too long on the dole
And I can’t work at all

Danger stranger
You better paint your face
No Elvis, Beatles or the Rolling Stones

In 1977
Knives in West 11
Ain’t so lucky to be rich
Sten guns in Knightsbridge

Danger stranger
You better paint your face
No Elvis, Beatles or the Rolling Stones
In 1977

In 1977
You’re on the never never
You think it can’t go on forever
But the papers say it’s better
I don’t care ‘cos I’m not all there
No Elvis, Beatles or the Rolling Stones

In 1977
Sod the Jubilee
In 1978
In 1979
Stayed in bed
In 1980
In 1981
The toilet don’t work
In 1982
In 1983
Here come the police
In 1984

The Clash - White Riot


podcast

18.02.2007

Vendredi 18 février 1977 - Damned / Damned Damned Damned

(Stiff Records)

medium_damneddamneddamned.jpg

1. Neat Neat Neat
2. Fan Club
3. I Fall
4. Born To Kill
5. Stab Your Back
6. Feel The Pain
7. New Rose
8. Fish
9. See Her Tonight
10. One Of The Two
11. So Messed Up
12. I Feel Alright


Après la débandade de l’Anarchy Tour en décembre 76, le groupe n’ayant joué que la première date de la tournée avant de se faire gentiment remercier par McLaren, les Damned sont entrés dès le mois de janvier aux studios Pathway de Londres pour enregistrer leur premier album, produit par Nick Lowe. L’album a été enregistré en dix jours, mais sur une période de six semaines. Les Damned ont appréhendé les sessions d’enregistrement comme un concert, ce qui donne à l’album un son et un rythme particulièrement énergiques, à tel point que certains ont prétendu que les pistes avaient été accélérées en studio.
« Damned Damned Damned » est donc le premier album enregistré par un groupe punk anglais, comme New Rose, sorti en octobre, avait été le premier single punk anglais.
La photo de la pochette a été prise par Peter Kodick durant une petite bataille de nourriture orchestrée par Patti Palladin et Judy Nylon. Les trois mille premières copies de l’album sont sorties ornées au verso d’une photo de Eddie & The Hot Rods, par « erreur ».
En fait d’erreur, il s’agissait d’une idée brillante du manager du groupe, Jake Riviera, qui savait très bien que ces trois mille premières copies deviendraient des « collectors » qui s’arracheraient très rapidement.
La première face de l’album est plutôt rapide, à l’exception de « Feel The Pain », morceau plus lent sur lequel la face s’achève. Mention spéciale pour le très bon « Fan Club ». La seconde face s’ouvre avec le tube « New Rose », et conserve un rythme ultra rapide jusqu’à la reprise des Stooges qui clôt l’album.


Damned – Neat Neat Neat

podcast

Damned – Stab Your Back

podcast

Damned – So Messed Up

podcast

Damned – I Feel Alright


podcast

31.01.2007

Ramones / Leave Home

(Sire Records Company)

medium_ramonesleavehome.JPG

1. Glad To See You Go
2. Gimme Gimme Shock Treatment
3. I Remember You
4. Oh Oh I Love Her So
5. Carbona Not Glue
6. Suzy Is A Headbanger
7. Pinhead
8. Now I Wanna Be A Good Boy
9. Swallow My Pride
10. What’s Your Game
11. California Sun
12. Commando
13. You’re Gonna Kill That Girl
14. You Should Never Have Opened That Door
15. Babysitter


Le deuxième album des Ramones sort au mois de janvier 1977, six mois seulement après le précédent. Entretemps, les Ramones ont pris la route pour une tournée qui ne s’arrêtera que vingt ans plus tard. Le long de cette route, ils auront semé des dizaines et des dizaines de groupes de rock dans chaque ville, dans chaque pays, apportant à Londres l’étincelle dont elle avait besoin pour allumer la mèche du punk, multipliant aux quatre coins du monde, from Old Hanoi to East Berlin, les imitateurs, les fans et les vocations.
C’est au début de l’année 76 que les Ramones ont signé chez Sire. A l’époque, ils avaient déjà écrit plus de trente chansons. Celles-ci ont été enregistrées dans l’ordre de leur création, les quatorze premières prenant place sur l’album Ramones, les quinze suivantes sur Leave Home. De cette manière, ils voulaient montrer l’évolution de la structure des chansons. Ce deuxième album puise allégrement dans les thématiques de l’horreur et de la maladie mentale, en y mêlant une pop joyeuse aux mélodies de plus en plus soignées, Johnny, Dee Dee, Tommy et Joey s’améliorant de jour en jour.
Leave Home a été enregistré sur 16 pistes aux studios Sundragon de Manhattan. C’est Tony Bongiovi qui a produit l’album, Craig Leon, qui s’était occupé du précédent, ayant quitté Sire. Tommy Ramone s’est retrouvé assistant de production, et Edward Stasium, le « sixième Ramone » (le « cinquième » étant le roadie Monte Melnick), ingénieur du son.
L’album s’ouvre sur « Glad To See You Go », jubilatoire chanson de rupture inspirée par la petite amie de Dee Dee Ramone, Connie Gripp. La chanson, faisant référence à Charles Manson, a immédiatement été refusée par la station de radio WNEW. Quant à « Carbona Not Glue », elle a été remplacée aux Etats-Unis par « Sheena Is A Punk Rocker » et en Angleterre par « Babysitter », la compagnie Carbona, spécialisée dans les produits détachants, ayant refusé que son nom soit associé à une chanson vantant la consommation de substances illicites. « Gimme Gimme Shock Treatment » inaugure une série de morceaux évoquant l’aliénation mentale, avec « Suzy Is A Headbanger » et « Pinhead », qui clot la première face de l’album. Cette dernière introduit le deuxième cri de guerre des Ramones, après « Hey-ho ! Let’s go ! » : « Gabba gabba hey ! » Il s’agit d’une référence explicite au film de Tod Browning, Freaks, et l’introduction de la chanson (« Gabba gabba / We accept you / We accept you / One of us ») est un clin d’œil à une scène du film, ce moment où les phénomènes de foire fêtent le mariage d’un nain avec une belle et grande écuyère et l’acceptent comme l’une d’entre eux. « Gabba gabba hey ! », c’est pour les Ramones une manière de reconnaître leurs fans comme faisant partie du groupe.
On retrouve l’intérêt des Ramones pour le cinéma d’horreur ou les films de guerre avec des chansons comme « You’re Gonna Kill That Girl », « You Should Never Have Opened That Door » ou « Commando ». Leur intérêt, aussi, pour les troubles de l’adolescence, la difficulté des rapports humains ou l’ennui : « Now I Wanna Be A Good Boy », « What’s Your Game »…
Ils se laissent également aller à la romance avec « I Remember You » ou la très amusante chanson d’amour « Oh Oh I Love Her So » (« I met her at the Burger King / We fell in love by the soda machine… »). Leave Home comporte aussi la reprise des Riviera, « California Sun », véritable standard de la surf music.

The Ramones – Glad To See You Go

podcast

The Ramones – Carbona Not Glue

podcast

The Ramones – Pinhead

podcast

The Ramones - Commando


podcast

29.01.2007

Samedi 29 janvier 1977 - Sortie de "Spiral Scratch" des Buzzcocks

medium_buzzcocksspiralscratch.JPG

En février, les Buzzcocks sortaient leur premier disque, “Spiral Scratch”, sur leur propre label, New Hormones. “Il n’y avait aucun label en activité à Manchester à ce moment-là”, dit Howard Devoto, “c’est une simple question d’ambition. Beaucoup de gens dans notre situation auraient pensé : ‘tiens, il se passe quelque chose.’ Mais nous avions aussi d’autres ressources, comme emprunter de l’argent au père de Pete, réserver un studio et enregistrer nos disques”.
La pochette de “Spiral Scratch” montre les quatre membres du groupe serrés les uns contre les autres pour tenir sur la photo, comme si c’était leur dernière. “Dans le groupe, on avait le sentiment que le disque parviendrait à refléter dans son ensemble la polémique culturelle du “faites-le vous-mêmes”, qui s’était développée entre tenants de la photocopie et de la culture officielle”, raconte Boon. “J’ai pris la photo de la pochette avec un polaroïd, debout sur le socle d’une statue quelconque à Manchester Piccadilly, ce qui était une vraie plaisanterie, un truc très Walter Benjamin, le genre de blague art-à-l’époque-de-sa-reproductibilité-technique. C’était rejouer instantanément la scène.”
Les circonstances de l’enregistrement étaient consignées sur la pochette. “Tout ce qui était écrit au dos était vrai, précise Devoto, j’ai fait les voix en live, et on a fait un overdub sur deux d’entre elles. Ça a pris à peu près trois heures, plus deux heures pour le mixage.” Produit avec une touche d’ambiance apportée par Martin Hannett, les quatre chansons (en dépit des réserves au sujet de sa voix “Mickey-Mouse faussement cockney” de Devoto) résumaient la nouvelle esthétique en des termes qui faisaient penser à des aigus distordus de guitare jaillissant d’une enceinte.
“I’m living in this movie, but it doesn’t move me”, articulait Devoto avec dégoût. Les Buzzcocks parlaient de la vie comme d’une démangeaison persistante, de ces “lamentations de salle à manger”, d’amis qui “leur faisaient pisser l’adrénaline”. Le mot-clé “boredom” (l’ennui) avait été re-situé dans l’Angleterre de la récession : “Now I can stand austerity but it gets a little much, when there’s all those livid things you can never get to touch.”
“Je trouvais les paroles d’Howard très drôles”, dit Boon. “La période de Buzzcocks avec Howard était difficile à digérer pour les gens parce qu’il y avait une grande confusion dans les idées. L’humour dans le punk s’était perdu. “Boredom” était une satire, se foutant de la gueule de toute la scène punk. C’était une chanson trompeuse. L’ennui avait été un sentiment qui avait cours, jusqu’à ce qu’il devienne un mot à la mode.”
Cependant, dans l’enthousiasme que mettaient les Buzzcocks à trouver leur voie, la plaisanterie se changeait en libération. “Boredom” était coupé en deux par le son de sirène d’un parfait solo de guitare sur deux notes. “Je me contentais de jouer les deux notes et on se retenait tous d’éclater de rire, alors on l’a gardé”, se souvient Pete Shelley. “J’avais fait partie de ces groupes de sous-heavy métal avant, alors je peux dire en toute connaissance de cause que le punk est ce que donne un sous-heavy métal mal joué. C’est ce que c’était, riffs rapides et chant limite.”
Les implications de “Spiral Scratch” furent énormes. Il y avait toujours ey des compagnies de disques indépendantes, comme Triumph de Joe Meek ou Immediate d’Andrew Loog Oldham, mais elles étaient en fin de compte des petites compagnies essayant de devenir grandes, comme Island ou Virgin. Chiswick et Stiff sortaient des disques qui s’apparentaient au punk, mais comme en restant extérieurs à la chose : ce qui était si génial avec le disque de Buzzcocks, c’était que son esthétique était parfaitement en adéquation avec les moyens de la production.
“C’était le premier disque indépendant que les gens attendaient vraiment”, se souvient Geoff Travis de Rough Trade. “On a dû en commander des centaines, et c’est pour ça qu’on s’est dit qu’on devrait devenir distributeur. Je trouvais que le côté arnaque des Sex Pistols signant chez EMI était génial, mais l’idée romantique que je me faisais de donner forme à ma propre utopie me poussait à complètement éviter l’industrie du disque. Avec la notoriété des Sex Pistols ou des Clash, ils auraient venu des disques même à l’arrière d’un camion. Ils avaient pas besoin d’être distribués par les majors.”

(England's dreaming, p. 339-341)

Buzzcocks – Breakdown

podcast

Buzzcocks – Time’s Up

podcast

Buzzcocks – Boredom

podcast

Buzzcocks – Friends Of Mine


podcast


Time’s Up

I’ve been waiting in the supermarket
Standing in line with the beans (cash up)
I’ve been waiting at the post office
For sticky pictures of the Queen (stick up)
Now I’m waiting for you
To get yourself good ‘n ready (make up)
Thinking to myself is that what they mean
By going steady? (break up)
I’ve been waiting in the waiting room
And I’ve been sitting in the sitting room
And now I’m whining in the dining room
Waiting for you is like waiting for the man in the moon

I was really smouldering
Seen the back of forty king size cigarettes (stood up)
This hanging on is murder
But if you’d just come along I’d have no regrets (give up)
And so I’d phone your number
And your mother tells me you’re still in bed (get up)
When you come to the phone your voice is thick and sexy
Goes straight to my head (shut up)
And I’ve been standing in the standing room
And I’ve been smoking in the smoking room
And now I’m dying in the living room
I’m gonna forget what I came for here real soon

Your time’s up and me too
I’m out on account of you

I was really burned out and smouldering
Seen the front and back of eighty king size cigarettes (stood up)
This hanging on is killing me
If you’d just creep along I’d have no regrets (give up)
And so I phone your grandmother
She says you’re still in bed (get up)
Whenyou get to the phone your voice is thick and sexy
Shoots through the top of my head (shut up)
I’ve been standing in the standing room
I’ve been smoking in the smoking room
Now I’m dying in the living room
I’m gonna forget what I came for here real soon

Your time’s up and me too
I’m out on account of you

Boredom

Yeah – well – I say what I mean
I say what comes to my mind
I never get around to things
I live a straight – straight line

You know me – I’m acting dumb
You know the scene – very humdrum
Boredom – boredom

I’m living in this movie
But it doesn’t move me
I’m the man that’s waiting for the phone to ring
Hear it ring-a-ding-a-fucking-ding

You know me – I’m acting dumb
You know the scene – very humdrum
Boredom – boredom

You see there’s nothing behind me
I’m already a has-been
My future ain’t what it was
Well I think I know the words that I mean

You know me – I’m acting dumb
You know the scene – very humdrum
Boredom – boredom
B’dum – b’dum

I’ve taken this extravagant journey
So it seems to me
I just came from nowhere
And I’m going straight back there

You know me – I’m acting dumb
You know the scene – very humdrum
Boredom – boredom

So I’m living in this movie
But it doesn’t move me
So tell me who are you trying to arouse?
Get your hands out of my trousers

You know me – I’m acting dumb
You know the scene – very humdrum
Boredom – boredom

Toutes les notes