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18.04.2007

Alain Kan et Gazoline

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Alain Kan restera dans l’histoire comme étant le premier punk français. Né le 14 septembre 1944 à Paris, son idole de jeunesse est Gilbert Bécaud. Très vite, le petit Alain veut devenir chanteur. Il quitte le collège en quatrième et ses parents lui paient des cours de chant avec Tosca Marmor, qui fut le professeur de Dalida, Sylvie Vartan, Nino Ferrer ou Mouloudji. Son premier 45 tours (« Si l’amour »/ « Quand tu reviendras ») sort au début de l’année 63 chez Pathé-Marconi. À cette époque, son directeur artistique lui ouvre les portes de la variété française. Trois autres super-45 tours sortiront chez Decca entre février et novembre 64. Douze titres en tout, parmi lesquels l’adaptation de « Every Day » de Paul Anka, devenu « Tu le sais », et surtout quelques compositions, fait exceptionnel à cette époque.
Le service militaire met un terme à cette première expérience dans la chanson française. À son retour, fin 66, le paysage audiovisuel français a profondément changé, avec l’arrivée d’Antoine, de Dutronc et de Polnareff. Alain Kan comprend qu’il sera difficile de renouer avec la variété, et travaille un moment dans la maroquinerie familiale. La chanteuse Dani lui permettra de prendre un nouveau départ en l’emmenant à l’Alcazar, le cabaret que Jean-Marie Rivière est en train de monter rue Mazarine. En guise d’audition, il fait ses débuts dans la revue le soir-même, avant d’en faire une autre qui durera près de deux ans et à laquelle participeront Gainsbourg et Jean-Jacques Debout. Alain interprète Amédée Jr dans un intermède comique, « Amédée (ou l’histoire de son grand frère) », chantant à la manière de Maurice Chevalier des histoires d’amours homosexuelles pendant que les danseuses se changent. Il gardera longtemps ce goût pour l’ambiguïté sexuelle, travaillant avec soin sa silhouette androgyne.
Ce numéro de music-hall ouvre de nombreuses portes à Alain Kan. Francis Dreyfus, le gérant des éditions musicales Labrador, vient de lancer le label indépendant Motors avec Thierry Vincent, Alain Bashung et Christophe. Ce dernier vient de faire coup double avec « Aline » et « Les Marionnettes », et il deviendra le beau-frère d’Alain Kan en épousant sa sœur Véronique. Kan délaisse alors l’Alcazar, et c’est en septembre 1971 que sort son premier 45 tours édité chez Motors, « Pauv’pomme »/ « Incursion dans ma nuit ». Ce simple est réalisé par Jean-Claude Vannier et Christophe, les paroles sont de Gilles Thibaut. Un deuxième 45 tours suivra, « Je n’ai plus envie sans toi »/« Comme une flèche empoisonnée », mais le succès n’est pas au rendez-vous.
Pourtant, la firme Vogue le remarque, son patron Léon Cabat est un ami, et il sortira encore trois 45 tours avec elle. Le premier, « Au pays de Pierrot »/« Pour l’amour » passe inaperçu. Le deuxième, « 55-60 (Dès que vient le samedi soir) »/« Comme dans les romans » “qui donne dans le néotwist aussi débile qu’irrésistible” d’après Christian Eudeline (Nos Années punk, p. 317), est sélectionné pour la Rose d’or d’Antibes 73, et Alain Kan remportera le prix. Le dernier 45 tours Vogue « Star ou rien »/« La vie en mars » (reprise du « Life On Mars » de Bowie), pose les base du rock glitter en France.
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A la fin de l’année 74, Alain Kan enregistre son premier album avec Laurent Thibaut (ex-Magma) au studio d’Hérouville. Et Gary Cooper s’éloigna dans le désert… est commercialisé au printemps 1975 et précédé du 45 tours « City palace »/« Nadine, Jimmy et moi ». Le son est rock, l’album comporte neuf titres et se rapproche un peu de ce que fait Higelin à la même époque, les textes mettent en valeur l’errance, la vie nocturne, les plaisirs de la chair, l’alcool ou le suicide. La chanson « Pas si facile l’ami », qui clot la première face, est une adaptation de « It Ain’t Easy » de Bowie. L’album s’achève sur une reprise de « Falling In Love Again », immortalisé par Marlène Dietrich dans L’Ange bleu, et « dédiée à l’Alcazar de J.M. Rivière ».
Et Gary Cooper s’éloigna dans le désert… restera un disque confidentiel. Alain Kan, qui vient du music hall et de la variété, n’a pas une image de rocker, et par ailleurs ses textes sont trop provocateurs pour qu’il puisse encore passer dans les médias. Il viendra tout de même interpréter « Falling In Love Again » dans l’émission « Top à Jacques Chazot ».
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Heureusement en France on ne se drogue pas, son deuxième 33 tours, sort au début de l’année 76. Humour noir et grinçant, cris hystériques, apologie de la drogue et des plaisirs interdits, le disque s’achève à l’asile psychiatrique avec la reprise de Piaf, « Les blouses blanches ». Evidemment, le disque, avec sa pochette où le teint verdâtre de Kan illustre on ne peut mieux le propos, son titre, ses chansons scandaleuses (l’une d’elles, « Speed My Speed », n’est composée que de noms de médicaments et de drogues), est interdit d’antenne, interdit de publicité, retiré des vitrines des disquaires.

En 1977, Alain Kan décide de former un groupe punk. « Le seul membre stable de Gazoline est Alain Kan qui officie au chant. La première formation comprend dans ses rangs : Pierre-Jean Cayatte (basse), Grand Did’ alias Didier Laffont (batterie), Olivier Burger (guitare) ; la deuxième voit les arrivées successives d’André Asse (batterie) et de Franck (basse) ; pour les suivantes, il n’y a guère qu’Hugues Chichin (batterie) qui joue régulièrement, Gilles Dieu puis Jean-Robert (d’Extraballe) seront tour à tour bassiste, tandis que Steve-Henri Peeters, Fred Chichin et Patrice s’occuperont de la guitare, Laure et Roger Rogers (d’Au bonheur des dames) joueront occasionnellement de leur saxophone. » (Christian Eudeline, Nos Années punk, p. 313) Un premier 45 tours, « Sally »/« Electric Injection », sort à l’automne 77 sur une filiale de Barclay, Egg. Sur la pochette, il a invité Marie-France, qu’il a connue à l’Alcazar et à l’Ange Bleu, à poser avec le groupe.
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« Ils viennent de sortir leur premier disque. Il s’agit là, disent-ils, d’une injection d’images qui se bousculent, d’un cri électrique, d’un rêve de vinyle. Et le disque, d’après eux, suggère plus encore : décors baroques, rêves obscurs, cuir/cravache, la violence faisant le tapin dans la rue, corps à vendre, culs à prendre, fascination, masturbation, lunettes noires, pute, pied, perversion des travelos, poudre, vitriol, mec qui cherche une falaise pour jouer les James Dean. Contradiction. Remise en doute. Exaltation du doute… » (In n° 29, octobre-novembre 1977).
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Le deuxième simple, « Killer Man »/« Radio flic », sort en décembre 77, sous le nom de Gasoline. Les influences sont toujours à chercher du côté de Bowie, mais aussi du Velvet Underground, des New York Dolls et de Roxy Music. Le groupe joue au Gibus, ainsi qu’à l’Elysée-Montmartre le 26 décembre 77, mais ce soir-là, Pierre-Jean Cayatte est absent, trop défoncé pour jouer, et le groupe doit improviser avec un nouveau bassiste sur place. Déjà le 8 décembre, ils devaient jouer en première partie des Heartbreakers au Bataclan mais c’est Guilty Razors qui prendra leur place. A partir de ce moment-là, les dirigeants de Barclay s’interrogent sur la viabilité de Gazoline, ce qui amènera le groupe à se séparer en février 78.
Gazoline renaît ensuite de ses cendres avec les frères Chichin. Du 18 au 22 avril 78, ils jouent à résidence au Gibus Club, puis ils participeront à la nuit punk de l’Olympia, le 10 juillet 78. Un troisième 45 tours est prévu, mais entre-temps, Alain Kan signe avec Polydor et reprend sa carrière solo.
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L’album What Ever Happened To Alain Z. Kan est commercialisé le 5 novembre 1979. Kan s’est entouré pour le réaliser de la première formation de Gazoline : Olivier Burger aux guitares, Pierre-Jean Cayatte à la basse, Didier Laffont à la batterie – auxquels s’ajoutent Robi Finkel aux claviers et Bruce Grant au saxophone.

Alain Kan : « Toutes les références qui apparaissent dans cet album, c’est ma vie. Marlene, pour moi, c’est le plus grand travelo du monde. Le rock actuel est trop lycéen ou trop hard, il n’y a plus de subtilité, tout est bien propre, les gens n’osent plus faire des choses un peu bizarres. La presse rock a flippé sur le fait que j’étais plus ou moins gigolo et ce d’une manière ouverte. Maintenant le nouveau disque passe mieux. Suite à un passage à Loup-Garou (sur France Inter), j’ai fait une conférence de presse à l’hôpital Marmottan. Tout leur semblait naturel, la drogue comme les pédés… » (Le Gai Pied, janvier 1980).

Encore une fois, le succès sera repoussé à une date ultérieure : dans la chanson « Devine qui vient dîner ? », Alain Kan imagine un repas convivial avec Adolf Hitler. Du jour au lendemain, le disque est retiré du commerce et pilonné.
Le 1er mars 1980, un concert est prévu à la MJC de Cluses, mais le groupe se sépare de nouveau au dernier moment. A partir de ce moment, Alain Kan met de côté ses activités musicales, tout en continuant à écrire des textes pour Christophe et pour Jennifer, ex reine du disco et future épouse de Gérard Lanvin. En mai 86, il sort chez New Rose un quatrième et dernier album, Parfums de nuit, avec Laurent Sinclair (ex-Taxi Girl), Plume (ex-Lili Drop), Wham Dam (qui a joué aux côtés d’Iggy Pop et de Bowie), Boris et Toxedo (ex-Sapho) et Richard Kolinka (ex-Téléphone).
Le 14 avril 1990, Alain Kan attend son métro sur le quai de la station Châtelet… et c’est ici qu’on perd sa trace. Il a disparu, il s’est volatilisé, ni sa sœur Véronique ni son beau-frère Christophe ne savent ce qu’il est devenu. What ever happened to Alain Z. Kan ?

Alain Kan – Hollywood Suicide (1975)

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Alain Kan – Heureusement en France on ne se drogue pas (1976)

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Alain Kan – Ma solitude (1976)

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Alain Kan – Devine qui vient dîner ? (1979)


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P.S. Aujourd'hui, Sony/BMG et les Disques Dreyfus rééditent enfin les trois premiers albums mythiques d'Alain Kan en un coffret. Ce blog n'a pas pour vocation de faire de la publicité, mais c'est l'occasion ou jamais de (re)découvrir ce dandy destroy...

Commentaires

Quand je pense qu'Alain Kan a disparu en 1990 et qu'il faut attendre que Raphaël Juldé s'on occupe pour qu'on commence les recherches sur le Net ! Mais que fait notre police ?

Ecrit par : iPidiblue et French KanKan | 19.04.2007

Pour toi ce soir sur Arte à 22h10 "Tracks Freaky Birthday" !

Ecrit par : iPidiblue demandez le programme ! | 19.04.2007

Il souffre beaucoup mieux la comparaison avec le jeune Bowie que certaines mauvaises langues ne voulaient bien le dire. A écouter sa "solitude" après celle de Moustaki on mesure le chemin qui restait à faire en France, à l'époque.. Et bien sûr, Christophe, Bortek ou Daniel Darc ne seraient pas ce qu'ils sont si lui ou Jean Néplin (dont je préfère la voix, par ailleurs) n'avaient pas existé.

Ecrit par : thsim | 20.04.2007

Merci Raph' pour cette découverte...je ne connaissais pas ce dandy...et faut bien avouer que j'ai accroché malgré la voix un brin criarde... les paroles surtout...

Solitude et Devine qui vient diner? :D

Ecrit par : jugurta | 22.04.2007

Je découvre.
Merci !

Ecrit par : rom | 27.04.2007

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