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15.09.2006
MC5 - "Kick out the jams, motherfuckers !"
Detroit, Michigan, 1964. Cinq potes qui se sont connus sur les bancs de l’université décident de créer un groupe de rock’n’roll. A vrai dire, il y a déjà deux ans qu’ils jouent dans différents groupes. Ils décident donc de se réunir, et de former un groupe. Ils sont cinq, ils vivent à Motor City, ils seront les MC5. Wayne Kramer et Fred Smith sont aux guitares ; Bob Gaspar à la batterie, avant de se faire remplacer, courant 65, par Dennis Thompson ; Rob Tyner, après s’être essayé à la basse, quitte le groupe un moment, se faisant remplacer par Pat Burrows, puis revient au chant. Un dernier changement verra Burrows remplacé à la basse par Michael Davis, camarade d’université de Rob Tyner. Davis ne sait pas jouer de basse, il apprend en écoutant les Stones, les Kinks ou des morceaux de blues. Ils sont engagés pour plusieurs soirs au Crystal Bar fin 65.
« WAYNE KRAMER : On avait joué dans différentes formations avant de se faire connaître comme les MC5. Fred Smith et moi, on était dans des groupes de quartier rivaux à Lincoln Park, une banlieue de Detroit. Le groupe de Fred s’appelait les Vibratones et le mien les Bounty Hunters, d’après le nom du dragster de Conrad Colletta.
On partageait tous une passion pour les bagnoles trafiquées et les moteurs surpuissants. J’ai même pris un boulot de vendeur de glaces au circuit automobile - “Glacées, glacées, les crèmes glacées !” – rien que pour pouvoir y aller toutes les semaines. On avait la course automobile dans le sang. Je veux dire, ça faisait du bruit, et ça allait vite, tout comme la musique.
C’est amusant de constater combien la course automobile et le rock’n’roll se sont influencés mutuellement – la première fois que j’ai vu un concert de rock’n’roll, c’était au circuit. C’était Del Shannon, accompagné par ce groupe instrumental de Detroit nommé les Ramrods. Ils avaient des vestes rouges assorties, du matériel Fender flambant neuf, et ils exécutaient une chorégraphie devant la sortie du circuit. Je me suis dit que c’était le truc le plus cool que j’aie jamais vu.
C’est comme ça que Fred Smith et moi, on a formé un supergroupe de quartier en réunissant les meilleurs musiciens de nos deux groupes. Plus tard Rob Tyner, qui était une espèce de beatnik, s’est joint à nous, et il a suggéré le nom MC5. Rob disait que ça ressemblait à un numéro de série – ça collait parfaitement avec tout ce qui faisait la vie quotidienne des usines automobiles.
Vous savez, on était de Detroit, et on aurait dit que le son du MC5 portait l’estampille des usines automobiles. On avait un look de délinquants juvéniles, avec la gomina. On se plaquait les cheveux en arrière en genre de bananes, et on portait des pantalons serrés. »
(Please Kill Me, p. 61)
Les MC5 voient le mouvement hippie prendre de l’ampleur, et ils veulent en faire partie. Pour ça, ils cherchent à se faire apprécier de la figure de proue du mouvement, John Sinclair. En août 66, Sinclair sort de prison après avoir tiré six mois pour possession de marijuana. Un festival est organisé par sa femme, la photographe Leni Sinclair, pour célébrer sa libération, et les MC5 y participent. Ils commencent à jouer à trois heures du matin, en poussant leur sono à fond, dédient leurs chansons à John Sinclair… et Leni les débranche.
« WAYNE KRAMER : Notre relation avec John a donc débuté sur une note un peu acide. Il avait une colonne dans le journal underground local, et il a écrit sur nous : “Qu’ont donc ces rock’n’rollers à la manque ? Si seulement ils s’intéressaient un peu à la vraie musique, Sun Ra, John Coltrane.” Ça m’a indigné, tu vois ? Je suis allé le trouver chez lui, et j’ai dit : “Hé, mec, c’est quoi le problème ? Nous aussi, on est dans la Communauté. On connaît parfaitement John Coltrane et on a besoin d’un local pour répéter. Pourquoi on pourrait pas utiliser l’Atelier artistique, nous aussi ?” Alors on a fumé un joint et tout s’est arrangé. »
(Please Kill Me, p. 72)
Les choses ne se sont peut-être pas passées aussi simplement que ça, mais le fait est qu’en mars 1967, ils sortent leur premier 45 tours : «I Can Only Give You Everything/One Of The Guys» grâce à John Sinclair, qui devient officiellement leur manager en août. Sinclair et le MC5 se retrouvent liés par une même conscience politique, une même admiration pour Malcolm X ou Martin Luther King et un même désir d’appartenir aux White Panthers, mouvement révolutionnaire des visages pâles. En 68, la communauté de Sinclair quitte Detroit pour Ann Arbor (1510 Hill Street) à cause des émeutes raciales et de plusieurs incendies dans la maison de Sinclair.
Les 30 et 31 octobre 1968, la performance des MC5 au Grande Ballroom est enregistrée et donnera naissance à leur premier album, sorti en février 69 chez Elektra. L’album fait très vite scandale.
« DANNY FIELDS : Il y avait déjà eu une controverse sur la phrase : “Kick out the jams, motherfuckers”, mais le groupe avait accepté de le changer en “Kick out the jams, brothers and sisters”. Ils avaient déjà convenu qu’il était impossible de chanter “motherfucker” sur un disque.
Le groupe avait compris que ça aurait été un suicide commercial. Qu’est-ce qu’ils pouvaient dire ? - “Vous devez laisser le mot ‘fuck’ sur le disque ?” Je veux dire, on était en 1968. Si ç’avait été un monde parfait, où tu pouvais dire “fuck” à tout bout de champ à la radio, alors à quoi bon une révolution ? On aurait déjà eu gagné, et il n’y aurait plus eu de combat à mener.
Mais ils ont sorti le disque avec le mot ‘fuck’ dans les notes de pochette et Hudson’s a refusé de vendre l’album. Alors les MC5 ont publié, dans leur propre journal, une publicité pleine page pour le disque. Il me semble qu’il y avait juste une photo de Rob Tyner, et pour seul texte : “Fuck Hudson’s” Et le logo d’Elektra figurait dessus. Ce “E”.
Alors Hudson’s l’a mal pris et a refusé de vendre tous les produits Elektra, parmi lesquels on comptait aussi Judy Collins, le Paul Butterfield Blues Band et Theodore Bikel chantant des chansons du folklore yiddish. C’était un débouché substantiel et Elektra a fait la gueule. Il a fallu expliquer au groupe qu’ils avaient tout à fait le droit d’écrire “Fuck Hudson’s”, signé le MC5, mais qu’ils ne pouvaient pas écrire “Fuck Hudson’s” et le signer du nom de quelqu’un d’autre. »
(Please Kill Me, p. 99)

L’épisode marque le début de la fin pour le MC5. Ils sont virés d’Elektra, et quelques mois plus tard, John Sinclair retourne en taule, et cette fois il y restera deux ans et demi. Jon Landau, le producteur de leur deuxième album, cherche alors à les éloigner de l’influence de Sinclair, dans le but de les libérer de la ferveur militante qui pèse sur le groupe et tend à la caricature. Cette séparation forcée est évidemment ressentie avec une profonde amertume des deux côtés.
« WAYNE KRAMER : John était blessé et furieux. Je crois qu’il a eu l’impression qu’on le rayait du tableau. Il disait que son but n’avait jamais été l’argent, qu’il participait seulement par amour de la musique. Il disait : “Vous, les mecs, vous vouliez être plus importants que les Beatles, mais moi je voulais que vous soyiez plus importants que le Président Mao.”
JOHN SINCLAIR : Jon Landau a produit leur deuxième disque, et il a eu une sale influence sur eux, dans ce sens qu’il leur a fourré dans le crâne qu’ils n’iraient jamais nulle part s’ils étaient associés à nous – tu vois le genre : “Ces mecs sont cinglés, ils vous arnaquent, ils prennent tout votre fric, ils cherchent seulement à vous utiliser…”
Tu sais, c’est moi qui ai porté ces types pendant deux ans quand ils ne gagnaient que vingt-cinq dollars par concert. C’est moi qui les conduisais partout, installais leur matériel et écrivais leurs dossiers de presse, et tout d’un coup je les utilise ?
Tout ça parce qu’ils avaient décroché un contrat d’enregistrement. »
(Please Kill Me, pp. 112-113)
L’album Back In The USA sort au début de l’année 1970, chez Atlantic Records. Les membres du MC5 peuvent enfin faire ce dont ils ont toujours rêvé : se payer de belles bagnoles. Ce qui les amène à se faire virer du parti des White Panthers pour idéaux contre-révolutionnaires. L’année 70 est aussi marquée par la première tournée européenne du groupe, qui part jouer en Angleterre. Ils finiront par se séparer en 1972, après une série de concerts et de répétitions en France.
MC5 – Kick Out The Jams (1969)

MC5 – Motor City Is Burning (1969)

MC5 – High School (1970)

MC5 – The Human Being Lawnmower (1970)

06:26 Publié dans Genèse du chaos | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note














Commentaires
A voir "MC5:A true testimony"
http://www.furious.com/PERFECT/mc5/MC5film.html
Ecrit par : polymagoo | 15.09.2006
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