10.09.2006
Richard Hell
Richard Hell est né le 2 octobre 1949 à Lexington, dans le Kentucky. Son nom de jeune fille était Richard Meyers. En 1973, il forme son premier groupe, les Neon Boys, avec Tom Miller, dit Tom Verlaine, copain de pension et de fugues en autostop, et le batteur Billy Ficca. Verlaine est à la guitare, et Hell à la basse. L’année suivante, Terry Ork, le patron de la librairie Cinemabilia dans laquelle Richard Hell et Tom Verlaine travaillent, leur propose de prendre Richard Lloyd comme deuxième guitariste. Il leur offre aussi la possibilité de répéter chez lui. Ça tombe bien, après avoir vu jouer les New York Dolls, Hell voulait passer à la vitesse supérieure. C’est là que les Neon Boys deviennent Television – le premier groupe de rock à cheveux courts (si l’on excepte Ficca, caché derrière sa batterie). Ils jouent pour la première fois sur scène au Townhouse Theatre en mars 74, et dès le mois d’avril, ils sont engagés par Hilly Kristal pour jouer tous les dimanches au CBGB’s, avant de se produire au Max’s Kansas City.
« RICHARD LLOYD : Hilly a demandé : “Quel genre de musique vous faites ?” On a répliqué : “Ben, ça veut dire quoi, les initiales ‘CBGB-OMFUG’ ?” “Country, Bluegrass, Blues et autres musiques pour les gourmands de réconfort.” Alors on a dit : “Ah ouais, on fait un peu de ça, un peu de rock, un peu de country, un peu de blues, un peu de bluegrass…” »
(Please Kill Me, p. 247)
« RICHARD HELL : La scène a véritablement commencé à faire boule de neige. De la toute première fois où nous avons joué là bas, le CBGB’s est devenu l’endroit où les choses se passaient. On était vraiment uniques. Il n’y avait pas un seul autre groupe de rock’n’roll au monde qui portait les cheveux courts. Il n’y avait pas un seul autre groupe de rock’n’roll qui portait des vêtements déchirés. Tout le monde en était encore aux paillettes et aux habits de femme. On était ces zonards efflanqués et sans foyer, et on jouait une musique vraiment puissante, passionnée, agressive, et en même temps lyrique.
Je crois qu’on était le meilleur groupe du monde cette année-là. Bon, les quatre ou cinq premiers mois.
BOB GRUEN : La première fois que j’ai vu Richard Hell, il entrait au CBGB’s vêtu d’un tee-shirt blanc avec un œil de taureau peint, et les mots “Please Kill Me” inscrits par-dessus.
C’était un des spectacles les plus choquants que j’aie jamais vus. Les gens avaient pas mal d’idées délirantes à l’époque, mais de là à trouver quelqu’un qui marche dans les rues de New York avec une cible sur la poitrine, et une invitation à l’assassiner – c’est une sacrée formulation.
RICHARD HELL : Je ne me rappelle pas avoir porté le tee-shirt Please Kill Me, mais je me souviens avoir forcé Richard Lloyd à le porter. J’étais bien trop lâche.
RICHARD LLOYD : Richard Hell s’était fabriqué un tee-shirt qui disait Please Kill Me, mais il ne voulait pas le porter. J’ai dit : “Je vais le porter, moi.” Alors je l’ai mis quand on a joué l’étage au Max’s Kansas City, et, après le concert, ces gamins se sont pointés vers moi. Ces fans m’ont jeté ce regard vraiment psychotique – ils ont regardé aussi profond qu’ils ont pu dans mes yeux – et ils ont demandé : “T’es sérieux ?”
Puis ils ont poursuivi : “Si c’est le cas, on se fera un plaisir de t’obliger, parce qu’on est tes plus gros fans !” Ils n’arrêtaient pas de me mater, avec ce regard sauvage, et je me suis dit : “C’est la dernière fois que je porte ce tee-shirt.”
TERRY ORK : J’ai abordé Hilly et je lui ai dit : “Ecoute, je veux revenir ici avec Television, et je veux m’occuper de la programmation du club. Hilly, j’ai dit, regarde ce que t’as là, regarde les foules qu’on a ramenées !” Je lui ai fait l’article à fond parce que je voulais qu’il me laisse le champ libre. J’ai dit : “Il faut que tu te mettes à passer de la nouvelle musique tous les soirs.” La musique n’avait pas encore de nom.
Hilly a dit : “Ok, ok.” Et ça s’est fait comme ça.
Et c’est là que ça a vraiment commencé à percer, et on s’est mis à faire passer d’autres groupes super, comme les Ramones. »
(Please Kill Me, p. 251-252)
Mais assez vite, les egos boursouflés se heurtent : Tom Verlaine refuse de jouer les chansons de Hell, et il souhaiterait que Hell se calme un peu et arrête de sauter comme un crétin pendant que son pote chante, si c’est pas trop demander. Il lui reproche aussi de boire et de ne pas s’investir dans le groupe.
« DUNCAN HANNAH : Je crois que Tom était furieux parce que Richard se défonçait trop, tu sais, il se pointait aux répètes bourré et des trucs comme ça. Mais ce que pensait Richard Hell, c’est que c’était ça, le rock’n’roll. Donc c’est juste qu’ils avaient deux conceptions antagonistes des choses. Je veux dire, Hell n’était pas génial, comme bassiste, et en plus il était cinglé – avec sa façon de sauter partout en faisant des grimaces, comme s’il sortait d’une cérémonie de chrétiens revivalistes, des fois. Je crois que Tom pensait juste que c’était trop grotesque. Et Tom voulait être froid, tu vois ? Pas de déconnade.
Verlaine voulait être Bob Dylan. »
(Please Kill Me, p. 283)

Television avec Richard Hell monté sur ressors
Tom Verlaine a fini par éliminer une à une toutes les chansons de Hell, à part « Blank Generation », et Hell a pris la décision de quitter le groupe. Sur les conseils de sa petite copine Patti Smith, Tom l’a remplacé par Fred Smith (aucun lien de parenté), le bassiste de Blondie, ce qui a semé la discorde au sein du groupe Blondie également.
« DEBBIE HARRY : Fred Smith a lâché Blondie comme une vieille chaussette. J’étais dégoûtée. J’étais dégoûtée de toute la bande – de tous les Television, les membres du Patti Smith Group, et de Patti et Fred. J’étais en rogne contre Patti parce que c’est elle qui avait convaincu Fred de rejoindre Television.
Ma foi, c’était une belle connerie, ha, ha, ha. »
(Please Kill Me, p. 285)
Au moment même où Richard Hell quitte Television, en 1975, les New York Dolls se séparent. Johnny Thunders et Jerry Nolan, réciproquement guitariste et batteur des Dolls, proposent alors à Richard de former un groupe avec eux. Ce sera donc Johnny Thunders and the Heartbreakers.
A la même époque, Hell traîne avec Dee Dee Ramone, principalement dans le but de trouver de la came. Il évoque son désir d’écrire une chanson sur la drogue, encore plus forte que « Heroin » de Lou Reed, et Dee Dee se lance immédiatement dans l’écriture de « Chinese Rocks ». A l’époque, les Ramones refusaient de jouer une chanson qui parlait des drogues dures, alors Dee Dee a proposé la chanson à Hell. Celui-ci a rajouté quelques mots, devenant co-auteur, et « Chinese Rocks » est devenue le morceau préféré des Heartbreakers.
Richard Hell, lui, se sentait à l’étroit dans les Heartbreakers. Il aurait voulu avoir son propre groupe, mais il n’était que le bassiste du groupe de Johnny Thunders. Il trouvait les thèmes des chansons des Heartbreakers trop mièvres pour lui, et à défaut de pouvoir virer Thunders, c’est lui qui est parti.
Il avait donc le champ libre pour créer son groupe, et ce sera les Voidoids, avec Robert Quine et Ivan Julian aux guitares, et à la batterie Marc Bell, du groupe de Wayne County. Sa réputation avait précédé Richard Hell en Angleterre, avant qu'il vienne y jouer avec les Voidoids au cours de l'année 77, grâce à Malcolm McLaren qui l’avait vu jouer à New York avec Television, et qui avait été profondément marqué par la chanson « Blank Generation », au point d’exiger des Sex Pistols qu’ils s’en inspirent pour écrire un morceau (et ce sera « Pretty Vacant »).
« RICHARD HELL : J’ai toujours pensé que tous les trucs que je faisais essayaient d’être sincères et honnêtes, quelle que soit la signification de ces mots. J’avais ce sentiment prégnant que – c’est la racine d’une attitude que j’ai remarquée chez moi – une fois qu’on en a fini avec la discussion, foncièrement, je m’en fous.
Quand une chose arrivait à l’analyse finale, je m’en désintéressais. C’était tout le sujet de la chanson “Blank Generation”. Je prenais systématiquement le parti contraire à celui de la personne qui essayait d’analyser la chanson, donc je donnais délibérément la plus grande latitude possible : “J’appartiens à la - génération”.
L’idée, c’est que l’espace était censé rester blanc. Du coup, comment veux-tu faire une fausse interprétation ? Quoi que tu puisses penser, c’est juste, ha, ha, ha. »
(Please Kill Me, p. 403)
« “Blank Generation” vient des tentations du vide : pas seulement du fait de s’emmerder ou de faire semblant de s’emmerder, mais le vide du subconscient même. Dans le refrain, Hell ne prononce pas le mot “blank” (vide), laissant un blanc jusqu’au “generation” suivant : rien n’était défini, tout était bon à prendre. »
(Jon Savage, England’s Dreaming, p. 119)
Blank Generation
I was sayin’ let me out of here before I was
Even born – it’s such a gamble when you get a face
It’s fascinatin’ to observe what the mirror does
But when I dine it’s for the wall that I set a place
I belong to the blank generation and
I can take it or leave it each time
I belong to the – generation but
I can take it or leave it each time
Triangles were fallin’ at the windows as the doctor cursed
He was a cartoon long forsaken by the public eye
The nurse adjusted her garters as I breathed my first
The doctor grabbed my throat and yelled, “God’s consolation prize!”
I belong to the blank generation and
I can take it or leave it each time
I belong to the – generation but
I can take it or leave it each time
To hold the TV to my lips, the air so packed with cash
Then carry it up flights of stairs and drop it in the vacant lot
To lose my train of thoughts and fall into your arms’ tracks
And watch beneath the eyelids every passing dot
I belong to the blank generation and
I can take it or leave it each time
I belong to the – generation but
I can take it or leave it each time
I belong to the blank generation and
I can take it or leave it each time
I belong to the – generation but
I can take it or leave it each time
Richard Hell & The Heartbreakers – Chinese Rocks

Richard Hell & The Voidoids – Blank Generation

Richard Hell & The Voidoids – Love Comes In Spurts

06:00 Publié dans Les fauteurs de trouble | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note














Commentaires
Pour le CBGB, il faut faire vite... Dans un moi c'est fini... Patti sera de la fête... Bien triste fête...
Ecrit par : stael | 10.09.2006
Roooo
Comme c'est rigolo tout ça ...
Ecrit par : Barbarian | 11.09.2006
Apres s'etre fait longtemps embobiner par cette grande brel de Hell, se laisser phagocyter par cette insupportable et moustachue harpie de Patti... Décidément, il aurait fallu à Verlaine un peu plus de personnalité à l'époque. Dommage, ce type était très doué (il l'est toujours, et je rêve d'entendre un quatrième album de TV, vus les sommets du troisième), et avec Debbie Harry le personnage le plus sympathique de toute cette bande.
Ecrit par : thsim | 24.09.2006
Les commentaires sont fermés.