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03.09.2006

Vendredi 3/Samedi 4 septembre 1976 - Sex Pistols à Paris

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Selon Patrick Eudeline :

« Septembre 1976. On s’est ennuyés toute l’année dernière. Dans un semi-anonymat, les Sex Pistols passent au Chalet du Lac, une boîte aux portes de Paris qui se cherchait une reconversion. Une centaine d’invitations avaient été lancées et ces gens se retrouvent un certain vendredi soir mélangés aux minets du public habituel. Pour presque personne encore, ce-qui-allait-se-passer n’était soupçonnable. “PUNK” n’est encore que le mot de passe d’une bande d’allumés croyant à un certain rock.

Rotten bave. Camisole de force noire. Glen Matlock saute si haut qu’il flingue le plancher en verre. Les Pistols balancent tous leurs futurs classiques.
Problems. Pretty Vacant. I Wanna Be Me. Anarchy. No Future. Trois classiques : Steppin’ Stone des Monkees, Substitute des Who, No Fun des Stooges. Personne… ou presque n’aime. Derrière la scène, les gens du Bromley Contingent paradent et chacun – pour le moins – reçoit en plein flanc LA nouvelle esthétique. Mods futuristes revus-corrigés Gwendoline, bébés Bondage. Steve Jones m’apprend que sa guitare était bien celle sur laquelle jouait auparavant Johnny Thunders, des New York Dolls. De toutes façons, comment en douter ?...

Dans
Sounds, photos et articles de Clash… vêtements achetés pour quelques pennies aux marchés aux Puces et recouverts de slogans, de giclées de peinture. Et les gueules les plus CONCERNÉES du rock anglais depuis les… Les quoi, d’abord ? Les punks sont en train de balancer aux oubliettes leur complexe d’Œdipe. L’heure est aux découvertes, plus aux souvenirs (de toutes ces beautés que nous étions bien trop jeunes pour vivre…). » (Patrick Eudeline, L’Aventure Punk, p. 38-39)

« En vrai, il y a dix personnes concernées par la chose, ou vingt si on veut être gentil. Le concert est bien évidemment superbe : tout le Bromley Contingent est présent. Moi, je suis avec eux en tant que punk français. Je les accompagne à l’hôtel et sauve même Siouxsie de certains problèmes. Elle porte des insignes nazis, alors que c’est une fête juive. Au Chalet du Lac, personne n’apprécie non plus la plaisanterie. Cette sorte de grande goule en porte-jarretelles, avec un brassard nazi, ne correspond pas trop à leurs critères. Mais pour aller se changer à l’hôtel, il faut trouver un taxi, et avec sa dégaine, en plein milieu du bois de Vincennes, ça n’est vraiment pas facile. L’après-midi, je ne vais pas aux Deux Magots où il y a certains punks qui m’énervent. Le soir, j’ai rendez-vous à l’hôtel avec Siouxsie, et le gag, c’est que Steve Jones m’a mis le grappin dessus car j’ai une copine qui lui a tapé dans l’œil, et au lieu de m’occuper de Siouxsie, je suis obligé de faire l’entremetteur. Evidemment, j’ai une sorte de regret rétrospectif. Je ne sais plus lequel des deux soirs, mais à un moment, on se retrouve tous au Gibus. J’essaie de les écouter en théoricien de la chose, pensant qu’ils vont dire des tas de trucs intéressants, mais très franchement, ils n’ont pas la vision d’un Mick Jones ni d’un Malcolm McLaren. Personnellement, je me rends compte que je perds un peu de mon originalité, tellement je baigne dans le mouvement. J’en acquiers certains réflexes, et je m’interdis tout un tas de trucs qui ne m’apparaissent pas punk. Pire, on a un morceau qui sonne presque reggae, ça me gonfle mais comme The Clash est très branché là-dessus, je me persuade de le garder à notre répertoire. » (Patrick Eudeline, cité dans Nos années punk, p. 116-117)

Selon Alain Pacadis :

« LIBÉ-ROCK
WHITE FLASH

[…]
“Do you have a pistol in your pocket or are you glad to see me” : C’est ainsi que Mae West interpellait les garcons dans Myra Breckindridge. Les Sex Pistols, c’est aussi un groupe londonien, manage par l’horrible Malcolm McLaren, initiateur des nouvelles modes britanniques dans sa boutique de King’s Road, Sex, ex Let-it Rock, ex-Too fast to live, too young to die ! Ce sont les grands ennemis des Hot Rods : “Between us, it’s no fight, it’s murder !” avait dit Barry Master. Ils ont un aspect très clean et entrent en scène en disant : “We hate hippies, we hate long fair, we hate drugs.” C’est une espèce de réplique anglaise des Stinky Toys en moins radical et moins branché. Ils reprennent “No Fun” que les Stooges avaient écrit quand ils en étaient à quatre sachets par jour. Ils passeront dans un nouveau club : Le Chalet du lac à Vincennes, qui accueillera des groupes de rock, deux week-ends par mois, le vendredi soir et le dimanche. Les Pistols joueront dimanche 5 septembre à 16 heures.
Flash’on ! Keep on sniffin’Glue listening to punkoïd-Heavy-Metal-Music!

Alain “Flash Addict” Pacadis »

(Libération, 3 septembre 1976, Nightclubbing, p. 168-169)

Selon John Lydon :

«Siouxsie Sioux fut un cauchemar quand nous sommes allés à Paris. La folle, elle ne portait pratiquement rien excepté des svastikas et un soutien-gorge transparent – dans un pays anciennement occupé par les nazis ! La salle où nous avons joué était toute neuve, et nous étions le premier groupe à y passer. Je m’y suis pratiquement brisé le cou car la scène était éclairée par le sol, et pendant que vous marchiez, vous ne pouviez rien voir du tout. Quand c’est éclairé de cette façon, c’est très mauvais pour vos yeux. C’était visuellement douloureux, et il y avait ce ridicule éclairage de discothèque qui faisait des flashes tout le temps. Maintenant j’ai des sortes de crises d’épilepsie dans ce genre de situation, spécialement si les flashes sont sur une certaine fréquence. Ce genre de truc me rend dingue. Le Club du Chalet du Lac à Paris était épouvantable pour moi, et le public français n’était pas terrible non plus. Ils ont toujours eu un comportement bizarre là-bas, même si cela a changé depuis ces huit dernières années. Avant cela c’était : “Vous avez intérêt à me divertir, je vous préviens !” – pire que n’importe quel public londonien car ils sont tellement fiers d’être français. Billy Idol et Siouxsie sont descendus en voiture. Billy m’a dit bien plus tard qu’ils voulaient venir nous rendre visite avec des filles. Ils ont été largués et les filles ont disparu, pour revenir une heure plus tard, après visiblement s’être fait sauter. Je me demande bien pourquoi ? » (John Lydon, Rotten par Lydon, p. 108)

Selon Jon Savage :

« Le groupe s’envola vers Paris pour jouer à la soirée d’inauguration d’une discothèque au milieu du Bois de Boulogne, le Chalet du Lac. “C’était si rafraîchissant, ce voyage”, se souvient Nils Stevenson [co-manager du groupe]. “C’était merveilleux de repartir : pendant tout le voyage, le groupe était très soudé. Billy Idol conduisait son fourgon, avec toute la bande de Bromley qui dormait à l’arrière. Le groupe gardait Siouxsie et tous ces gens-là à portée de main. Dans ce sens-là, c’était déjà devenu un peu élitiste.”

“On était sept”, raconte Simon Barker
[du Bromley Contingent, sorte de ‘fan club’ qui comptait dans ses rangs Billy Idol, Siouxsie, etc.]. “Little Deb, Sioux, Steve, moi, Billy et Michael, un des jumeaux vendeurs de hot-dogs. Sioux avait les nichons à l’air, et sa tenue avec le brassard à croix gammée. On marchait vers ce club, et soudain, des types ont débarqué avec des couteaux, cherchant vraiment la merde. Quand on est entrés dans le club, Siouxsie s’est pris un coup de poing par un mec qui voulait lui toucher les nibards, et, après, ça a si mal tourné qu’on nous a mis dans une autre partie du club pour notre propre protection. On attendait dans les dressing-rooms que l’organisateur vienne nous dire si on pouvait sortir en sécurité.”

“Ça a été l’un des endroits où John a rayonné”, dit John Ingham
[journaliste au Melody Maker]. “Le samedi après-midi, Caroline [Caroline Coone, journaliste à Sounds] a décidé qu’on irait tous aux Deux Magots parce que c’était là où Sartre et compagnie avaient traîné. Au début, il y avait elle et moi et les Stevenson. Les gens affluaient de toutes parts : tout le groupe a débarqué. On était de plus en plus nombreux, on formait une masse informe, et John s’est pointé, en marchant très lentement, et il est entré avec un grand sourire sur le visage.

“Il était d’une humeur radieuse : il portait un béret et son pull rouge de bébé déchiré sur le côté et raccordé par une épingle à nourrice surmontée d’un crucifix. En dix secondes, à peu près huit photographes ont sauté de leur table et une foule s’est agglutinée autour de nous. Instantanément, les gens s’arrêtaient. John était de toute évidence dans son élément : c’était fascinant qu’on puisse mettre à l’arrêt un restaurant entier et qu’une foule se forme instantanément quand il se pointe. Le fait qu’il arrive en dernier, c’était presque de la mise en scène : c’était fantastique, du
grand théâtre [en français dans le texte].”

Pour leur apparition devant des stylistes comme Castelbajac et l’aristocratie punk française – un propriétaire de magazine comme Michael Esteban, Marc Zermati et les écrivains Yves Adrien et Alain Pacadis -, Vivienne et Malcolm dévoilèrent un nouveau costume adapté à leur rang, confirmé par le Rock News d’Esteban, de “Couturiers situationnistes” [en français dans le texte]. Au Chalet du Lac, les Sex Pistols se tenaient sur un sol éclairé de lumières clignotantes, aveuglantes : flanqué de Matlock et de Jones dans leurs toutes nouvelles chemises “Anarchy”, John Lydon prenait ses poses de bossu dans des atours extraordinaires appelés plus tard le costume Bondage. » (Jon Savage, England’s Dreaming, p. 245)

Commentaires

hey, mais c'est mon invit!
c'est le type de music action qui me l'a donnée en me disant "tiens, à toi ça va surement te faire plaisir ce truc" et j'ai dit oui merci alors que je savais déjà que ce jour là je ne serais pas en france car ce jour là j'étais dans l'avion pour NY avec mon t-shirt eddie and the hot rods; j'ai passé une semaine au CBGBs
je suis donc le seul punk français à ne pas prétendre avoir vu ce concert
et c'est mon invit, pourtant

Ecrit par : Frédéric Madre | 04.09.2006

Photo trouvée en lien sur le site de Bernard Bacos : http://paris70.free.fr/punks.htm

Ecrit par : Edicius | 04.09.2006

Oui, c'est moi qui lui ai donné
"l'original", si je peux dire est sur mon site
http://pleine-peau.com/back.jpg

Ecrit par : Frédéric Madre | 04.09.2006

Eh bien moi, je n'étais pas vraiment punk, mais "j'y étais", et sans invite !

Que peut-on dire ? A l'époque je ne connaissais pas le répertoire des Sex Pistols qui n'avaient encore rien enregistré, alors j'ai tout découvert, les seuls morceaux que j'ai pu reconnaître ont été "No Fun" des Stooges et "Substitute" des Who, si ma mémoire est bonne. A part ça c'était plutôt pour le fun, et aussi la sensation que quelque chose était en train de naître, d'ailleurs dans les mois qui suivirent je fréquentais assidument la boutique "Harry Cover" aux Halles, tenue par Michel Esteban qui éditait l'excellent "Rock News", et je vis la plupart des groupes punks au Gibus, au Palais des Arts ou ailleurs : Clash, Damned, Jam, Generation X .. et les français Asphalt Jungle, Metal Urbain, Stinky Toys (qui succédèrent aux Pistols au Chalet du Lac deux semaines après), Loose Heart etc...

Ecrit par : Bernard B. | 05.09.2006

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