30.07.2006
Du 13 au 30 juillet 1976 - Session d'enregistrement des Sex Pistols (2/2)
Comme je l’expliquais dans un précédent billet, cette session d’enregistrement a donc eu lieu grâce au quatre pistes de Dave Goodman, au studio des Sex Pistols sur Denmark Street, puis au studio Riverside. Les sept chansons enregistrées durant cette période sont Pretty Vacant, Lazy Sod, Satellite, No Feelings, I Wanna Be Me, Submission et Anarchy In The UK.
Pretty Vacant est l’une des premières chansons écrites par les Sex Pistols. Glen Matlock a trouvé la ligne de basse en s’inspirant d’un morceau des Small Faces (ou peut-être d’Abba, les sources divergent). Le thème est clairement inspiré de la chanson de Richard Hell, Blank Generation, que ce dernier interprète déjà au sein du groupe Television. Malcolm revenait de New York avec des posters de Television et des cassettes, de quoi alimenter l’imagination de ses petits protégés. Le refrain « We’re so pretty » ferait écho, selon Jon Savage, à un article du Sunday Times consacré aux Bay City Rollers. Johnny Rotten, on le sait, s’est amusé délibérément à prononcer va-CUNT de préférence à va-CANT, humour potache de sale gosse. (Rappelons que cunt signifie con, avec le même double sens qu’en français). Johnny Rotten a retravaillé le texte de Matlock et Steve Jones pour en faire quelque chose d’un peu plus fort qu’une banale ritournelle rock’n’roll : on trouve déjà le ton agressif qui sera sa marque de fabrique, la rébellion sans cause précise (« pas la peine de demander, vous n’aurez pas de réponse »), l’affirmation d’une certaine autonomie et l’éloge de la paresse : I got no reason, it’s all too much / You’ll always find me out to lunch.
Lazy Sod a été écrite à l’origine par Steve Jones. Johnny Rotten l’a entièrement retravaillée et rebaptisée Seventeen. « La chanson avait déjà été terminée par les autres quand je suis arrivé. Je me souviens m’être bien marré en lisant les paroles originales de Steve. Je ne parvenais pas à déchiffrer la première mouture des paroles, et Steve ne s’en souvenait plus. Tout était mal écrit. “I’m all alone, Give a dog a bone”. Voilà l’une des phrases originales. C’était sur le fait d’être jeune, ne rien avoir à faire, et passer par les émotions typiques des jeunes gens de 17 ans. Vous êtes fainéant, vous ne voyez aucun futur, et vous vous en foutez totalement. » (Rotten par Lydon, p. 231) Plus encore, Jon Savage y voit une « déclaration de principes ». « We make noise, it’s our choice / It’s what we wanna do (…) I don’t work, I just speed / That’s all I need...»
Satellite est une de ces chansons de non-amour dont John Lydon a le secret (This Is Not A Love Song…) : Baby, I loooove you… I loooove you… I loooove you… chante-t-il, après avoir copieusement insulté la fille de la banlieue qu’il évoque dans la chanson : « Tu te comportes comme une pissotière sale, il n’y a pas d’enchères pour ta chasteté… Tu ressembles à un flageolet gros, gras et rose… Tu sais que je n’aime pas l’endroit d’où tu viens, ce n’est qu’un satellite de Londres, et quand tu me regardes dans les yeux, je me souviens que je veux mourir… »

No Feelings (je rappelle qu’on peut l’écouter ici) est venue d’un riff de guitare de Jones, sur lequel Rotten est parvenu à coller des paroles. Déclaration d’amour devant un miroir : I got no emotion for anybody else / You’d better understand I’m in love with myself / Myself / My beautiful self…
I Wanna Be Me est une série d’invectives contre un «dieu de la machine à écrire», contre les journalistes, en particulier Nick Kent.
I got you in the camera
And I got you in my camera
A second of your life
Ruined for life
You wanna ruin me in your magazine
You wanna cover us in margarine
L’affirmation de l’individu présente dès le titre de la chanson peut être rapprochée d’un autre morceau que Lydon écrira deux ans plus tard, pour le premier album de PIL : Public Image.
Submission est née d’un riff classique façon Doors, Who ou Kinks, d’une idée de Malcolm (« Ecrivez-moi une chanson appelée Submission ») et de la collaboration de Glen Matlock et Johnny Rotten. Ces deux-là se détestaient viscéralement, mais ils faisaient du bon travail ensemble. Rotten trouvait parfaitement ridicule d’écrire un morceau sur le sado-masochisme – comme si le nom du groupe et ses liens avec la boutique Sex n’étaient pas suffisamment orientés ! – et, en posant quelques mots sur le papier, l’idée lui est venue, et voilà la « soumission » originale transformée en « mission sous-marine ».
Enfin, Anarchy In The U.K. n’a que quelques semaines lors de ces enregistrements. Nous avons vu que les Pistols l’ont jouée pour la première fois en public le 20 juillet à Manchester. C’est ce qui explique que la démo est sensiblement plus lente que la version définitive. Il s’agit d’un riff de Glen Matlock, étoffé par Steve Jones, et sur lequel Johnny Rotten a ajouté des paroles. La réaction de Matlock a été violente : il trouvait particulièrement nulle la rime « Antichrist / Anarchist » Pourtant d’un coup, les Pistols abattent deux tabous. Cette idée d’anarchie vient sans doute de Vivienne Westwood et du peintre et graphiste du groupe, Jamie Reid, qui parlaient souvent à Johnny Rotten des Situationnistes et des mouvements contestataires. Le fait est que pour l’Angleterre de 1976, l’image de l’Anarchiste n’était effectivement pas si éloignée de celle de l’Antéchrist…
Sex Pistols – Pretty Vacant (Dave Goodman session)

Sex Pistols – Lazy Sod (Dave Goodman session)

Sex Pistols – Anarchy In The U.K. (Dave Goodman session)

14:20 Publié dans Chronologie du désastre | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note













