16/08/2007

Mardi 16 août 1977 - Mort d'Elvis presley

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"No Elvis, Beatles or the Rolling Stones
In 1977"
The Clash

LE ROCK EST MORT, VIVE LE PUNK.
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05/08/2007

Vendredi 5/samedi 6 juillet 1977 - Deuxième festival punk de Mont-de-Marsan

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WHITE FLASH
ETE PUNK


Anarchy in Mont-de-Marsan
4000 personnes dans les arènes


Mont-de-Marsan

« In 1977, I hope to go to heaven/Cause I been too long on the dole/And I can’t work at all/Danger Stranger/You better paint your face/No Elvis, Beatles or the Rolling Stones/In 1977 » (The Clash).
« J’espère que tous les gosses qui auront vu Clash en concert, auront compris leur message. Nous devons agir MAINTENANT. 1977 est l’année du jubilé de la reine, faisons-en notre année, sortons, manifestons-nous et faisons quelque chose. Balançons ces épingles de nourrices stupides et pensons plutôt aux idées des gens plutôt qu’à leurs vêtements. La “scène”, ce n’est pas quelque chose à faire le soir. C’est la seule chose à l’heure actuelle qui soit honnête et à notre niveau ! Les Clash sont le plus important groupe de rock à l’heure actuelle. Je crois en eux complètement. Sortez et créez ! » (Mark P.,
Sniffin’Glue).
Le second festival punk de Mont-de-Marsan se termine. On ne s’attendait pas à tant de monde dans la capitale des Landes, le festival de l’année dernière ayant été un demi-échec, mais qui s’intéressait au punk en 76 ? Pour Mark Zermati et Skydog Records, c’était l’occasion de voir si les kids suivaient, et s’il y avait place en France pour un autre style de concert, basé sur une organisation souple mais aussi établissant un autre type de rapport entre les gens. Mark : « Skydog est une compagnie de disques indépendante, nous n’organisons pas des concerts pour gagner du fric, mais pour promouvoir la nouvelle musique que nous aimons, une musique radicale qui tourne délibérément le dos au show-biz et au système entier ! »

Un des meilleurs concerts de rock en France

Le festival a été un succès total : 4000 personnes présentes (les organisateurs n’en attendaient que 3000), tous les groupes annoncés étaient présents, malgré les assertions mensongères et ordurières d’Hervé Muhler, deux jours avant dans Le Matin de Paris. Avant de dire que les groupes ne sont pas sûrs de venir on s’informe, mais il y a bien longtemps qu’on ne vérifie plus l’information dans les journaux dits de gauche, type Le Matin.
L’atmosphère était nouvelle, et on craignait un peu le pire ; des bandes de Teddy Boys viendraient de Londres pour agresser les groupes, en fait tous les rockers présents étaient plutôt contents, il y a longtemps qu’il n’y avait pas eu un concert de rock aussi long et d’une aussi bonne qualité en France. On craignait aussi des provocations policières après les événements de Malville, les CRS stationnés dans le sud de la France auraient pu faire un détour par les Landes, mais rien de cela ; une petite ville calme avec des habitants sympathiques qui essayaient de tout faire pour que ça se passe de la façon la plus cool possible ; on installe des matelas dans les salons des hôtels pour accueillir des groupes supplémentaires, le café des Sports en face des arènes reste ouvert toute la nuit ; la bière y coule à flots et les Montois ne s’indignent pas quand ils voient tourner des joints. Beaucoup de hippies, de vacanciers, d’étudiants, de jeunes de la région, tous réunis pour une seule cause : le rock’n’roll, beaucoup de punks aussi ; une majorité même, venus de Londres, de Paris mais aussi de Suisse, d’Espagne, etc. Pour les Anglais, ce festival était une date importante, le gouvernement britannique ayant interdit tout rassemblement punk en Angleterre où le groupe leader, les Sex Pistols, est pratiquement hors la loi. Ils n’ont en effet plus le droit de donner des concerts publics, et sont interdits sur toutes les chaînes de radio et de TV. Je ne reviendrai pas sur l’habillement, les autres journaux en parlent assez ; blousons de cuir, pantalons de skaï aux couleurs électriques, tee-shirts déchirés et retenus par des fermetures Éclair ou des épingles de nourrice, ou recouverts de slogans provocateurs : « Everybody is a prostitute », « White Riot », « Sex Pistols », etc. badges, épingles de nourrice, lames de rasoir, croix de fer et têtes de mort, chaînes autour du cou retenues par un cadenas ou colliers de chien, etc. Tout ce qui se réfère à la légende du rock, des Hell’s Angels, etc.

De la New Wave au Southend Rock

Libération n’est pas un journal de musique, il n’y aura donc pas d’extases dithyrambiques sur le jeu de batterie de Rat Scabbies ou les solos de guitare de Dave Higgs, il faut noter cependant la qualité des groupes présents, aussi bien anglais que français. Deux jours assez différents : le premier consacré au punk proprement dit et à la New Wave, le second plus rock, boogie, groupes de pub rock ou de Southend Rock, mais en musique les catégories sont très mobiles.
Donc beaucoup de groupes français, presque autant que d’anglais prouvant qu’enfin il se passe quelque chose en France, une nouvelle scène émerge et veut se faire reconnaître par son public. Le concert débute avec Strychnine, un groupe de Hell’s Angels, puis « 1984 », issu de la fusion de Angel Face, Pain Head et Loose Heart. Patrick Eudeline et Asphalt Jungle, très inspiré par la New Wave et l’histoire du rock, dont le groupe commence à être bien en place, The Lou’s, groupe féminin parisien sont extrêmement efficaces, rock rapide, violent, sans concessions.
Du côté des Anglais, The Maniacs ont vraiment une allure bizarre : cheveux rasés à la Huron ou teints en jaune paille, avec à la guitare Henri-Paul, un jeune Français de dix-huit ans. « On se demande où il va chercher tout ça ! » The Police très au point aussi avec Stewart Copeland à la batterie et Henri Padovani, encore un Français qui a quitté Aix pour Londres, il y a plus de huit mois, et n’est jamais revenu.
The Boys, un gang de gosses qui en veulent, c’est un des seuls groupes de la New Wave à utiliser le piano. The Damned, Dave Vanian se jeta sur la scène, rugit tel un fauve et éructe « I’m Feelin’ Allright » des Stooges, « Neat, Neat, Neat », « Fan Club », « New Rose », « Help » des Beatles, « Fish », « Born To Kill », ils s’inspirent des Stooges, des Ramones pour créer une musique originale au comble de la violence ; « I’m a fallin’ Angel/Fallin’ down/Be a fallin’ Angel, come on round. Don’t be scared to follow, it’s no crime/You’re a fallin’ Angel, before your time ! » (« I Fall», The Damned).
La journée se terminera par The Clash, le seul groupe radical et politisé de la New Wave qui a déjà pris la tête du mouvement en Grande-Bretagne. Joe, Mick, Paul et Terry sont les Clash, Bernard est le manager, il y a deux roadies, c’est « The Clash Organization », sept personnes très liées, qui prêchent la violence et la révolution en armes. Derrière la scène, une immense photo : des flics anglais poursuivent des manifestants et au-dessus, bombé en rouge : « This is Joe Strummer public speaking ! », le message révolutionnaire de Joe Strummer, « White riot, I wanna riot/ White riot, a riot of me own/Black man have got a lotta problems/But they don’t care throwing a brick/But white man have got too much school/ Where they teach you how to be thick ! » (« White Riot », The Clash).
Le lendemain, il y aura Quidam, Brakamar (un groupe punk espagnol!), Fabienne et Shekin’Street, les Lou’s de nouveau, Tyla Gang, Little Bob Story, Eddie and the Hot Rods, Dr. Feelgood et Bijou, mais ceci est une autre histoire. (À suivre.)

De notre envoyé spécial aux arènes :
Alain « No Future » Pacadis

Libération, 11 août 1977.
(Nightclubbing, pp. 261-264)
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Eddie and the Hot Rods – Do Anything You Wanna Do

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Dr. Feelgood – Riot In Cell Block N° 9

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Bijou – C’est un animal

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The Clash – Complete Control


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29/07/2007

The Saints

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Au moment où la scène punk « explose » à Londres, au cours de l’année 1976, un groupe de rock mêlant adroitement rhythm’n’blues et garage est déjà en activité depuis deux ans à des milliers de kilomètres de là, à Brisbane, en Australie. Chris Bailey au chant, Ed Kuepper à la guitare, Kym Bradshaw à la basse et Ivor Hay à la batterie. C’est avec cette formation qu’ils enregistrent leur premier album, (I’m) Stranded, produit par Rod Coe et Mark Moffatt chez EMI, et sorti en décembre 1976.
L’album ne fait pas beaucoup de bruit en Australie, mais en Angleterre, il apparaît comme un prototype punk, voire le premier véritable album de punk-rock. Au printemps 77, les Saints atterrissent donc à Londres et se produisent avec les groupes du moment, avec un nouveau bassiste, Alisdair Ward. Dès le mois de juillet, ils sortent leur deuxième 45 tours, « This Perfect Day/L.I.E.S. », une version maxi comportant également le morceau « Do The Robot »

The Saints – (I’m) Stranded

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The Saints – This Perfect Day

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The Saints - L.I.E.S.

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The Saints – Do The Robot


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13/07/2007

Mercredi 13 juillet 2007 - Tournée scandinave des Sex Pistols

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Toujours ‘persona non grata’ en Angleterre, les Sex Pistols s’envolent pour la Scandinavie, pour une tournée de treize concerts au Danemark, en Suède et en Norvège. Durant cette tournée, ils se comportent comme un groupe pop classique, accompagné dans ses déplacements par une horde de journalistes. C’est aussi la première série de concerts avec Sid Vicious à la basse, un Sid Vicious clean, libéré de l’héroïne.
- 13 juillet, Daddy’s Dance Hall, Copenhague, Danemark.
- 14 juillet, Daddy’s Dance Hall, Copenhague, Danemark.
- 15 juillet, Beach Disco, Diskotekstra Stranden, Halmstad, Suède.
- 16 juillet, Mogambo Disco, Helsingborg, Suède.
- 17 juillet, Discotheque 42, Jonkoping, Suède.
- 19 juillet, Club Zebra, Kirstinehamn, Suède.
- 20 juillet, Pingvin Club, Oslo, Norvège.
- 21 juillet, Studenter Samfundet, Trondheim, Norvège.
- 23 juillet, Barbarellas Disco, Vaxjo, Suède.
- 24 juillet, Barbarellas Disco, Vaxjo, Suède.
- 27 juillet, Happy House, Student Karen, Stockholm, Suède.
- 28 juillet, Happy House, Student Karen, Stockholm, Suède.
- 29 juillet, Orfi, Linkoping, Suède.

Sex Pistols – Anarchy In The UK (live in Sweden)

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Sex Pistols – Problems (live in Sweden)


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01/07/2007

Vendredi 1er juillet 1977 - Sex Pistols "Pretty Vacant"/"No Fun"

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Après le scandale du Jubilé, Malcolm McLaren a tout intérêt à rebondir le plus vite possible. Les Sex Pistols ont signé chez Virgin pour l’Europe pour 75 000 livres et il leur faut fournir de la matière. Il y a aussi la prochaine tournée scandinave à financer. Enfin, il faut maintenir le groupe sur le devant de la scène, parce que depuis le « Bill Grundy Show », leurs concerts se sont raréfiés : changement de bassiste, hépatite de Sid Vicious, censure générale, et l’on peut y ajouter les négociations dans lequelles McLaren s’est lancé pour réaliser un film sur ses petits protégés.
Le groupe a ajouté un nouveau titre à son répertoire depuis son voyage à Berlin : « Holidays In The Sun », mais elle est encore trop récente pour être enregistrée en studio. C’est donc « Pretty Vacant » qui constituera le quatrième 45 tours des Sex Pistols. C’est la première fois qu’ils sortent un simple qui n’est accueilli par aucun scandale, ni aucune controverse. Le choix d’un morceau pop assez classique, déjà apprécié des fans, n’est pas innocent. Les Pistols sentent le souffre, il s’agit d’être prudent. Cela n’empêche pas Rotten de glapir à chaque refrain « We’re so pretty, oh so pretty… vay-CUNT ! » Malgré cette provocation, le disque est commercialisé de manière normale, et diffusé sur les radios.
Le visuel situ de la pochette est évidemment signé Jamie Reid, deux bus symétriques sur fond noir, l’un à destination de « Nowhere » (nulle part), l’autre de « Boredom » (ennui). La face A est produite par Chris Thomas et la face B, la reprise énervée et grotesque (conférence de sociologie "with a bit of psychology, a bit of neurology, a bit of fuckology"...) du « No Fun » des Stooges, par Dave Goodman.

Sex Pistols – Pretty Vacant

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Pretty Vacant
There's no point in asking
You'll get no reply
Just remembered don't decide
I got no reason it's all too much
You'll always find us
Out to lunch

We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
Vacant

Don't ask us to attend
Cause we're not all there
I don't pretend cause I don't care
I don't believe illusions
Too much is real
Stuff your cheap comment
Cause we know what we feel

We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
Vacant
We're so pretty
Oh so pretty
And now
And we don't care

There's no point in asking
You'll get no reply
I just remembered I don't decide
I got no reason it's all too much
You'll always find me
Out to lunch
We’re out at lunch

We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
We’re vacant
We're so pretty
Oh so pretty
And now
And we don't care

We're pretty
Pretty vacant
We're pretty
Pretty vacant
We're pretty
Pretty vacant
We're pretty
Pretty vacant
And we don’t care

19/06/2007

Dimanche 19 juin 1977 - Johnny Rotten est agressé au couteau

Au lendemain du Jubilé de la Reine, Jamie Reid, le graphiste des Sex Pistols, est attaqué au bas de son appartement de Borough. Ses agresseurs l’abandonnent avec le nez en miettes et la jambe cassée. Quelques jours plus tard, c’est au tour de John Lydon de tomber dans une embuscade.

« Après la sortie de “God Save The Queen”, nous avons commencé à nous faire taper dessus dans la rue. C’était une autre raison qui faisait que j’avais tendance à me balader avec un grand nombre d’amis, particulièrement des hooligans. Ils pouvaient faire cesser cela. Il m’était physiquement impossible de sortir dans les rues tout seul. J’aurais été attaqué. Le dedain et toutes ces sottises coutumières dans les journaux. Si je pétais, c’était considéré comme un affront à la société et je devais être puni. C’est toujours comme cela en Angleterre – des bandes d’alcooliques errant dans les rues qui pensent qu’ils protègent la société. L’un dans l’autre, c’est ce qui est arrivé. Certaines attaques étaient assez sévères. J’ai été poignardé juste à côté du studio, tandis que nous enregistrions l’album “Bollocks”. C’était même avant que ce putain de disque ne sorte. Les 45 tours étaient sortis, mais l’album ne l’était pas. Nous sommes allés dans un pub au coin de la rue – pas bien loin de ce même vieux quartier d’Arsenal à Highbury où j’ai été élevé. Ce tas de salauds nous a simplement mis en pièces avec des couteaux gurkha, des lames, des rasoirs, tout l’attirail. J’étais avec le producteur Chris Thomas et Bill Price, l’ingénieur du son. Nous avons réussi à courir au parking et nous nous sommes enfermés à double tour dans la voiture de Chris. Ils se sont mis à déglinguer la voiture et ont démoli de pare-brise tandis que nous étions dedans. Ils ont cassé une des fenêtres et ont brandi une lame à l’intérieur. Je portais des pantalons de cuir très épais à l’époque. La lame est allée droit vers le bas. Si j’avais eu n’importe quoi de moins épais sur moi, elle aurait probablement déchiré ma jambe entièrement. La lame s’est collée dans mon genou. J’ai reçu un coup de poinçon en plein dans la main, près de mon pouce. Il est ressorti de l’autre côté, près de mon petit doigt. Cela a endommagé les tendons de ma main gauche. Je ne jouerai plus jamais de guitare à cause de cela. Aïe, aïe, aïe ! Je ne peux plus fermer mon poing gauche correctement. C’est un peu dur parce que je suis gaucher. J’ai pensé que j’allais mourir. En tout cas, ce n’est pas passé loin. Et la police ne voulait rien savoir.

“Regardez dans quel état vous êtes !”

Merci beaucoup. Je ne suis pas un bagarreur. Je me suis détendu, mais il n’y avait pas grand-chose à faire contre ce genre d’artillerie. Ils étaient au moins douze. Et ils nous ont injuriés.

“Nous aimons notre reine.”

Cela m’a paru très curieux. C’était une chose si stupide à dire. Je suis sûre qu’elle a été très fière d’eux, cette nuit-là. »

(Rotten par Lydon, p. 194.)

Deux jours plus tard, c’est Paul Cook qui est roué de coups.

“C’était le long de Goldhawk Road”, raconte-t-il, “J’avais des chaussures de teddy boy. De jeunes teds se sont pointés : ‘Oï, punk, pourquoi t’as ces chaussures ? – Je les aime bien, pourquoi ?’ Alors ils nous ont suivis, et j’ai pris une bonne raclée, ils m’ont cogné avec un truc en métal. On était repérés, tout le monde connaissait nos visages. C’était une sale période.”
(Cité dans England’s dreaming, p. 418.)

07/06/2007

Mardi 7 juin 1977 - Jubilé de la reine Elizabeth II

Pages du journal de Jon Savage, reproduites dans England’s dreaming, p.411-414 :

7.6.77 : Les Sex Pistols se rassemblent sur ce qui tient lieu de scène (le pont supérieur du Queen Elizabeth) à peu près vers 21 h 30. Le temps est pourri – des nuages formant des masses grises confuses bougent au-dessus de nos têtes – et toute la mise en scène est définitivement artificielle. Le bateau est plein de gens qui se dévisagent les uns les autres. Le groupe a l’air d’en avoir marre et tous les autres ont l’air parano – un état encouragé par le sulfate d’amphétamine que les sycophantes alignent sur le bar.

Des bannières ont été déployées sur le flanc : l’une annonce “Queen Elizabeth, LE NOUVEAU 45 TOURS DES SEX PISTOLS GOD SAVE THE QUEEN” – clairement profil bas. Le disque est déjà un tube mais plus important encore est le coup de fouet qu’il a donné aux Sex Pistols qui prennent déjà de l’assurance : l’hystérie construite pendant les sept derniers mois est en train d’atteindre son apogée et personne, à commencer par ceux qui sont impliqués, ne sait ce qui va se passer.

Ce lundi est le 25e anniversaire du couronnement de la reine. Ce dernier mois ou quelque chose comme ça, tout le pays a été inondé par la pub pour le Jubilé. C’est une sorte de répétition pour ce qui deviendra un lieu commun des médias par la suite : anniversaires mis en scène par les informations, plus une dose de trivialités royales aussi implacables qu’un regard chargé d’une lueur d’interrogation. Les ombres dans lesquelles les punks ont foncé, sinon librement, du moins aussi sauvagement que possible, sont en train d’être oblitérées. Tout est surexposé : on ne peut plus aller nulle part.

(…)

Bien que nous soyons tous des réprouvés ou que, au moins temporairement, nous nous soyons tous mis à l’écart de l’état de grâce actuel de l’Angleterre, on ne peut pas dire que le
Queen Elizabeth déborde de solidarité. Toute identité de groupe forgée par les Sex Pistols et leurs acolytes à l’époque du 100 Club l’été dernier a maintenant disparu : rejetée au loin par la dose massive de publicité qu’ils ont reçue et par le retrait inévitable du groupe dans le Rock Star System.

A ce stade, également, la violence qui a fait partie intégrante du punk depuis le début se retourne contre lui-même. Une bonne part de cette violence semblait plus théâtrale que réelle, mais, comme les pressions internes et externes s’amplifiaient, il régnait une mauvaise humeur collective susceptible d’exploser à tout instant. Hier soir, au Country Cousins, Judy Nylon a écrasé une cigarette sur les dents de Bryan James pour quelque obscure vengeance : tout ça au beau milieu d’une fête en l’honneur des Ramones et des Talking Heads, Américains qu’amuse ce maelström tourbillonnant autour d’eux.

Actuellement, dans un paysage surexposé, la profonde immersion du punk dans l’apocalypse a autant à voir avec sa propre situation qu’avec n’importe quelle réalité extérieure. Les choses sont arrivées si vite qu’un épuisement total se fait jour. La parabole extraordinaire que les Sex Pistols ont décrite dans l’air stagnant de l’Angleterre a atteint son zénith et tout le monde le sent au creux de son estomac. Cela mêlé au sentiment physique d’aliénation expérimenté par la plupart sur le bateau, le résultat est une claustrophobie si intense qu’on peut à peine parler.

Et cependant, rien que le fait d’être sur ce bateau est en soi un acte de foi – un acte décisif et téméraire, comme pencher sa tête au-dessus du parapet. Donc la question reste posée : pourquoi est-ce que nous avons placé toute notre confiance dans un groupe pop jeune et mal luné ? Parce qu’ils se sont mis eux-mêmes en danger, en donnant une forme, avec autant de courage et d’esprit qu’ils en pouvaient rassembler, à ce que beaucoup d’entre nous ont ressenti en pouvant à peine le formuler. Leur récompense est de vivre chaque aspect de leur vie dans un no man’s land, éclairé par l’éclat des préjugés.

Les quatre Sex Pistols se sont retrouvés pris dans les réjouissances du Jubilé comme des fugitifs dans une impasse. A ce stade, nous avons déjà descendu et remonté la Tamise : vers le bas jusqu’à Beckton, puis dans l’autre sens jusqu’à Chelsea Bridge, et enfin retour vers Westminster. Ils frappent sur leur sono, et récoltent une pluie de feed-back. Cook et Jones essayent que ça décolle ; Sid a vraiment l’air hors du coup. Aucun d’entre eux n’est vraiment extatique mais Rotten est meurtrier : quelle situation de merde. Nouvelles rafales de feed-back. Et alors, au moment où le Parlement se dresse en vue, tous les quatre ont le déclic : alors qu’ils se lancent dans “Anarchy in the UK”, tout le présent se rétrécit à l’ICI et au MAINTENANT.

Les Sex Pistols jouent leurs vies. Rotten déverse tout son ressentiment, sa frustration, sa claustrophobie dans un chaudron de rage qui transforme cette saynète de théâtre en quelque chose de massif. De notre point de vue avantageux, quelques centimètres plus loin, le monde se réduit à une paire d’yeux vitreux et à une bouche féroce, encadrés de mèches de cheveux rouges hérissés. Le public est si près que le groupe joue aussi pour les repousser, pourtant en même temps naît un lien puissant : nous sentons ce qu’ils sentent. Nous sommes tout aussi coincés.

Le cyclone que le groupe a déclenché commence à tournoyer de plus en plus vite. Rotten hésite au début de “No feelings”, mais il est emporté malgré lui ; pendant cette chanson et la suivante, “Pretty Vacant”, le groupe fusionne avec le public. Alors que Rotten vomit “and we don’t caaaaare !” (et on s’en fout) dans ce qui peut seulement se décrire comme un exorcisme séculier, deux vedettes de la police commencent à encercler le
Queen Elizabeth, comme des démons invoqués par notre négation extrême et collective. Pendant “I Wanna Be Me”, Lydon hurle le “Now !” de transition comme si une concentration totale sur l’instant pouvait bannir TOUT CELA, à jamais, qu’on puisse enfin passer à autre chose.

Les choses échappent à tout contrôle ; le mouvement du cyclone aspire tout dans un espace de plus en plus étroit. Alors que les vedettes de la police resserrent leurs cercles, les Sex Pistols s’engouffrent dans “No Fun” pour conjurer l’inévitable. Soudain, tout explose : une émeute éclate à bord ; dans la faille qui s’ouvre instantanément, le visage de Roger Austin se congestionne de colère et de douleur. Alors que les vedettes de la police abordent pour la mise à mort, le
Queen Elizabeth glisse inexorablement vers les policiers massés sur l’appontement et Lydon psalmodie “No Fun” avec un ton désespérément neutre, comme un mantra engourdi : “NO FUN I’M ALONE ! NO FUN I’M ALIVE ! I’M ALONE ! I’M ALIVE !”

La police finit par investir le bateau tandis que Paul Cook martèle encore sa batterie. Pendant qu’elle tentait d’évacuer le public, un affrontement s’est engagé. Les membres de Glitterbest parviennent à évacuer les quatre membres du groupe par un escalier discret. Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, eux, seront arrêtés, ainsi que Jamie Reid, artworker des pochettes et des affiches du groupe. L’affaire ne sera résumée que dans un petit article du Mirror. A la fin de la semaine du Jubilé, le 45 tours « God Save The Queen » se vend à 200 000 exemplaires. Il semblerait que le BMRB, le British Market Research Bureau, a trafiqué les positions dans les classements pour que le disque ne se retrouve pas numéro un, battu in extremis par Rod Stewart.